Population canine du Nord

On les entend parfois hurler à la lune, certains soirs. Ils se répondent, se parlent et font partie intégrante de la vie du village…

Les chiens du Nord sont magnifiques! La plupart des gens en possèdent un, même plusieurs. Ces chiens sont dociles et fidèles, et surtout très utiles pour les déplacements en hiver. Les chiens de traîneaux entraînés ne vivent pas dans le village, mais plutôt dans des chenils en plein air en dehors du village.

Les chiens ont une signification particulière au Nunavik… C’est qu’ils ont longtemps été essentiels à la survie des habitants du Nunavik, car ils étaient le seul moyen de transport des chasseurs. Dans les années 1950-60, des autorités provinciales ont tué de nombreux chiens de traîneaux, une tragédie qui a laissé des traumatismes très profonds chez les Inuit et une méfiance vers les autorités « du Sud » qui perdure encore aujourd’hui. Imaginez : la seule façon de nourrir votre famille est anéantie par des gens venus d’ailleurs…

Après de nombreuses années de demandes de compensation et d’excuses, la Société Makivik (qui gère la Convention de la Baie-James et du Nord québécois) obtient l’appui du gouvernement du Québec pour qu’un comité indépendant, présidé par le juge à la retraite Jean-Jacques Croteau, se penche sur la question de l’abattage des chiens de traîneauxEn 2010, il dépose son rapport très critique à l’endroit du gouvernement québécois, accusant celui-ci d’avoir abattu des chiens sans connaître l’importance de ceux-ci pour les communautés. Selon ce même rapport, la Gendarmerie Royale du Canada n’avait pas procédé à l’abattage systématique des chiens, par contre, elle est responsable par omission d’avoir fait quelque chose pour arrêter le massacre fait par des autorités provinciales.

En août 2011, le gouvernement du Québec signe une entente avec la Société Makivik reconnaissant les effets de l’abattage des chiens de traîneaux inuit (appelés Qimmiit) sur la société inuite et son mode de vie. Cette entente engage aussi le gouvernement du Québec à verser trois millions de dollars en compensation à la Société Makivik pour « soutenir les Inuits dans la protection et la promotion de leurs traditions et de leur culture. »

Dans à peine deux mois, ce sera le premier anniversaire de cette entente…

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L’air froid et pur de Kuujjuaq

Lorsque j’ai mis la tête hors de l’avion lundi dernier, la première chose qui m’est venu à l’esprit, ce n’est pas la petitesse des arbres, l’immensité de l’espace… mais plutôt l’odeur de l’air frais.

Et chaque fois que je retourne dehors, dans le village de Kuujjuaq, on dirait que mes poumons n’arrivent pas à absorber tout l’oxygène proposé… L’air ici est… particulier.

Et c’est comme si tout mon corps éprouvait de la difficulté à gérer cet apport d’air si pur. Une marche d’à peine 20 minutes dehors et la fatigue montre le bout de son nez.

Bien qu’hier il a fait plus de 30 degrés, et que la journée s’est terminée dans des orages assez spectaculaires, aujourd’hui il fait à peine 10 degrés. L’air froid et pur typique de la région est revenu.

Tempête de vent et de pluie à Kuujjuaq

La chaleur des derniers jours a amené quelques indésirables… les moustiques, mais a aussi permis à la nature de se réveiller un peu.

La linaigrette communément appelé coton de l’Arctique. Encore très jeune, la boule de coton deviendra beaucoup grosse.

Bien qu’il y ait voitures et VTT dans le village, beaucoup de gens se promènent à pied. Ici pas de concessionnaires de voitures. Pour en acheter une, il faut la commander au magasin général, elle arrivera par un de quelques bateaux qui alimentent le nord de matériaux de construction, de nourriture non périssable et autres produits. Les bateaux alimentent le nord seulement pendant la période estivale, de juin à septembre.

L’architecture au Nunavik

Vous vous demandez peut-être pourquoi les maisons se ressemblent toutes au Nunavik. Sachez que ce n’est pas par coquetterie, mais plutôt par pragmatisme.

Les maisons sont essentiellement bâties sur un modèle conçu pour les conditions climatiques extrêmes. Tout d’abord, elles ne sont pas construites directement sur le sol, mais plutôt sur des vérins, des sortes de piliers en triangle, ajustables selon les mouvements du sol. Les maisons sont donc toutes surélevées d’environ un mètre pour éviter un dégel du pergélisol (sol gelé en permanence). Si les maisons chauffées étaient construites directement sur le sol, il pourrait y avoir dégel et donc mouvement du sol qui diminuerait ses capacités portantes. Donc, oubliez la possibilité de veiller dans votre sous-sol, au Nunavik, ça n’existe pas!

Les vérins sur lesquels reposent les maisons du nord.

Une autre chose qui n’existe pas : un système d’aqueduc! À cause du même pergélisol, creuser un système d’aqueduc souterrain devient presque impossible. Des camions-citernes pour les eaux usées et l’eau potable parcourent donc les rues tous les jours pour alimenter les maisons de l’or bleu. Donc, les devantures de maisons sont toutes munies de gros robinets.

En bas, le gros robinet pour les eaux usées. En haut à côté de la porte, le petit robinet pour l’eau potable.

Le toit possède aussi un système de ventilation spécifique pour ces maisons du nord qui permet une isolation supplémentaire par l’air.

Compte tenu de ces caractéristiques particulières, mais aussi des coûts de transport et de main-d’oeuvre (qui doit être nourrie et logée pendant la courte période de construction de quatre mois – de juillet à octobre), la construction de maisons au Nunavik coûte deux fois plus cher qu’ailleurs au Québec. Un bungalow de trois chambres peut coûter jusqu’à 800 000 $ à construire!

Au total, 90 % des logements sont gérés par l’Office municipal d’habitation Kativik (logements sociaux). Le reste est géré par les entreprises et les organismes qui logent leurs employés.

Il y a une estimation d’un manque d’environ 1000 logements au Nunavik. La surpopulation des logements devient de plus en plus un problème de santé publique, étant donné que certaines familles élargies vivent 10-12 personnes dans un logement de 2 chambres à coucher. L’Office municipal d’habitation Kativik bâtit environ une soixantaine – parfois plus – de logements par année dans plusieurs villages, mais le rattrapage reste grand. Surtout considérant l’augmentation de la population du Nunavik. 

Or, au même moment où les problèmes de surpopulation de logements au Nunavik font rage, le non-paiement des logements est aussi un problème.

2011 en revue

Je n’ai pas beaucoup écrit dans les derniers mois de 2011. C’est que la conciliation travail-famille s’est montrée plus difficile que je ne l’avais cru. En fait, j’ai voulu me prouver que j’étais encore capable, que je n’avais pas « perdu la main »… dans le fond, j’avais peur. Peur de ne pas être capable de garder mes contrats, peur de ne plus être capable de travailler à la pige comme je le fais depuis cinq ans, peur de me retrouver « out »… Alors, j’ai tout pris… tous les contrats. Je me suis étourdie dans les contrats pour me prouver à moi-même que j’étais encore capable. Quand on revient d’un congé de maternité, personne ne te dit que les choses ne seront plus jamais pareilles. Personne ne te dit que la conciliation travail-famille se vit sous le ton de modération du rythme de croisière professionnelle. Alors, en octobre, j’ai frappé un mur. J’ai dû accepter de ralentir alors que je venais à peine de mettre le pied sur la pédale d’accélération professionnelle.

En discutant avec plusieurs professionnels de la santé, tous me disait « Si tu savais combien de nouvelles mamans qui retournent au travail se trouvent dans la même situation… » Il paraît que c’est courant. Parce qu’on pense qu’on est prête à reprendre du service « comme avant ».
Bref, à toutes les mamans en congé de maternité, j’ai un conseil pour vous. Le retour au travail doit se faire progressivement et sans pression (surtout pas venant de vous-même, c’est la pire!). Autant l’adaptation de bébé à la garderie est une adaptation qui prend des semaines, autant l’adaptation du retour de maman au travail en est une qui doit aussi prendre des semaines. Et ça, c’est une notion du concept « conciliation travail-famille » qu’on entend peu. On parle d’un retour progressif pour les arrêts de maladie, on parle d’un retour progressif après un burn-out, on parle de conciliation travail-famille comme d’horaire flexible… mais pas de retour progressif pour ménager la maman qui doit retourner au travail et qui doit s’adapter à une nouvelle vie. C’est un pensez-y bien pour les entreprises qui se pensent à l’écoute de leurs travailleurs!

***
Malgré un automne plus difficile que je ne l’avais espéré… j’ai quand même travaillé!

D’ailleurs, la programmation des conférences Les Belles Soirées à l’Université de Montréal débute dans les prochaines semaines. Il y a un peu de moi dans cette programmation puisque, cet automne, j’ai eu la chance d’y travailler comme recherchiste. Un travail un peu dans l’ombre mais très intéressant. Je vous invite donc à aller y faire un tour! Au menu: gaz de schiste, le futur de la science, les mythes alimentaires, les prochaines élections américaines, les risques d’internet, le Saint-Laurent, Michel Chartrand, le patrimoine conté du Québec, et une conférence qui me touche particulièrement… Les 50 ans des Jardins Métis, une histoire de famille fabuleuse qui vient de ma région natale.

Je suis également devenue cet automne rédactrice en chef (à la pige) d’Opérations Forestières, un magazine de l’industrie forestière, publié quatre fois par année. Un défi très intéressant puisque l’industrie forestière est à la croisée des chemins. L’innovation et la créativité sont au rendez-vous pour remettre cette industrie sur les rails. Je vous ferai d’ailleurs part de mes éditoriaux de temps à autre.

J’ai également écrit quelques articles pour Perspective infirmière, le magazine de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Ce mandat me permet de toucher à des sujets de santé dans une optique plus spécialisée.

J’ai également travaillé sur le magazine des diplômés de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Celui-ci devrait être en ligne sous peu. Je vous informerai dès sa publication.

Finalement, j’ai travaillé très fort sur un projet qui se trouve encore sur la glace… Un reportage d’enquête qui verra le jour (espérons-le) dans les prochains mois, étant encore en attente de financement.

L’automne 2011 aura été rempli de beaucoup de mandats professionnels intéressants, ponctué de quelques rhumes et autres microbes gracieuseté de la garderie, agrémenté de beaucoup d’amour d’une poulette qui grandit à vue d’oeil, sans oublier le support d’un mari compréhensif.

Toutes mes excuses de vous avoir négligé ces derniers mois, je tenterai d’être plus assidue en 2012. Bonne année à tous!

Une autre étape…

Ce matin, j’ai pleuré au réveil de ma fille…

J’ai réalisé à quel point je l’aime. À quel point cet amour est incommensurable, inqualifiable, indescriptible… inconditionnel.

Elle me regardait tout sourire, les yeux pétillants d’étoiles, babillant, gazouillant… racontant probablement ses rêves de la nuit.

C’est comme si je réalise à quel point elle fait de ma vie une joie. Chaque sourire, chaque « maman », chaque câlin, c’est véritablement un changement de vie, un bébé, mais c’est pour le mieux. Et ça va toujours, chaque jour, de mieux en mieux.

Aujourd’hui, c’est une autre étape… Elle débute la garderie. À 10 mois et demi, elle est arrivée tout sourire dans son local. Elle n’a pas pleuré, elle est directement allée jouer avec tous les nouveaux jouets disponibles dans le local. Je suis sortie, voyant qu’elle n’avais pas besoin de moi.

Je suis restée dans le corridor quelques minutes. J’étais heureuse qu’elle soit heureuse. J’étais heureuse qu’elle ne pleure pas. Lorsque la directrice m’a dit: « C’est normal d’avoir le coeur gros la première journée. » J’ai eu le moton… mais je l’ai ravalé en me disant que bébé est en sécurité et qu’elle s’adaptera à cette nouvelle routine.

Mais c’est à l’heure du dîner où la réalité m’a rattrapée… Je dînais seule pour la première fois depuis le 17 octobre 2010, la vieille de la naissance de bébé… Et je me disais que c’était beaucoup trop tranquille dans la maison sans elle.

Je pense que je m’ennuie d’elle plus qu’elle peut s’ennuyer de moi!

Parenthèse sociale

Aujourd’hui, c’est une journée spéciale. C’est l’anniversaire d’une personne que j’aime beaucoup. Or, cette année, je dois me retenir de sauter sur le téléphone pour lui souhaiter une bonne journée…

Car cette personne a fait des choix. En fait, c’est la maladie qui a fait des choix pour elle. Vous savez, cette maladie qui enlève le bon jugement, celle qui fait des ravages exponentiels dans la société. Cette maladie qui est si tabou et dont personne ne veut entendre parler…

Mais il faut savoir que la maladie mentale, même si on n’en parle pas, elle continue d’exister. Elle continue de s’immiscer dans la vie de milliers de Québécois chaque année, de façon si insidieuse qu’on ne s’en aperçoit souvent que lorsqu’elle est bien installée.

Dans les médias, on parle souvent de statistiques… On parle des besoins qui ne sont pas comblés en santé mentale, on parle de la désinstitutionnalisation qui a échoué… Mais on parle rarement de ces histoires humaines, de ces récits tristes qui découlent des lacunes du système de santé. Dans la situation présente, c’est le manque de suivi après une hospitalisation qui a manqué et qui m’oblige aujourd’hui à me protéger émotionnellement.

Aujourd’hui, j’ai le coeur gros. Car je sais aussi que cette personne lit mon blogue religieusement. C’est un peu une façon détournée de lui souhaiter bonne fête. Mais pour ma santé à moi, je dois garder mes distances. Pour ma santé à moi, je dois être égoïste… je garde mes énergies pour bébé qui a tant besoin de moi.