Appuis de taille au combat des journalistes indépendants

Depuis une semaine, l’Association des journalistes indépendants du Québec dénonce un contrat abusif de TC Media qui demande à ses collaborateurs de céder tous ses droits d’auteurs et de renoncer à son droit moral pour tous les articles écrits pour l’entreprise.

Depuis, plusieurs autres associations et syndicats se rallient à la position de l’AJIQ:

Communiqué de la CAPIQ

Communiqué de l’UNEQ

Communiqué de Illustration Québec

Communiqué de la Guilde canadienne des médias 

Communiqué du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier

La qualité de l’information en dépend

Vous pensez peut-être que ce contrat indigne que souhaite faire signer TC Media (et que TVA Publications fait déjà signer à ses collaborateurs depuis plusieurs années) ne touche que les conditions de travail des journalistes indépendants…

Détrompez-vous les amis. Vous, qui lisez ces magazines en vente dans toutes les bonnes épiceries, vous serez aussi touchés par la signature de ces contrats liant les magazines et ses collaborateurs.

Parce qu’au départ, il existe du contenu web, et du contenu papier. Mais de plus en plus, c’est le même contenu qu’on transforme, qu’on adapte. Même chose avec les plateformes mobiles. Donc une fois que vous recevez votre magazine papier dans le confort de votre foyer, ce ne sera que la signature graphique qui changera. L’offre de contenu sera la même, sur toutes les plateformes. La diversité de l’information en souffrira. N’êtes-vous pas tannés d’entendre toujours les mêmes choses?

Le public est justement de plus en critique par rapport aux journalistes… Notre réputation en souffre, nous en sommes à être aussi crédibles qu’un vendeur de picouilles.

Et qu’en sera-t-il de la crédibilité de l’information lorsque les citations de nos experts seront reprises hors contexte? Comment réussirons-nous à faire notre travail? Et vous, est-ce que vous pourrez vraiment compter sur du contenu rigoureux et de qualité? Parce qu’il y aura de plus en plus de mélange entre la publicité et le reportage…

La qualité et la diversité de l’information dépend du travail que font les journalistes. Et si on leur demande de faire toujours plus pour le même tarif, en plus de céder leurs droits d’auteurs qui ne leur permettrait plus de toucher des redevances, et de les dénuder de la paternité et de l’intégrité de leurs oeuvres; le journalisme deviendra ainsi… de la rédaction au service des entreprises de presse qui se disent « entreprise d’activation marketing ».

Et la démocratie dans tout ça? Le quatrième pouvoir? Il faudrait leur demander, à eux, dirigeants des entreprises de presse, ce qu’ils en pensent.

Direction de TC Transcontinental

Direction de Quebecor 

Pour suivre cette mobilisation des journalistes indépendants, des photographes et des illustrateurs du Québec sur Twitter, suivez le mot-clic #nesignezpas

Je ne suis pas juste une « remplisseuse de trous »

Après TVA Publications, au tour maintenant des avocats de TC Media (autrefois Transcontinental) de vouloir jouer aux plus fins avec les journalistes, photographes et illustrateurs indépendants.

Depuis quelques semaines, le « nouveau » contrat pour les pigistes circule. En voici un extrait:

« Cession de droits.
En considération de la contrepartie détaillée en Annexe A, le Collaborateur cède et transmet en exclusivité à TC Media pour la durée légale du droit d’auteur et de ses renouvellements, pour le monde entier, la propriété entière de tous les droits d’auteur que le Collaborateur détiendra ou pourrait détenir dans l’OEuvre afin que TC Media, ses successeurs et ses ayants droit en aient la pleine utilisation ou exploitation, que ce soit à travers ou à l’aide de quelque médium que ce soit, connu ou à être découvert, sans rémunération, redevance, droit de suite ou autre somme que ce qui est prévu aux présentes. Le Collaborateur cède également à TC Media, sans limitation de quelque nature que ce soit, tout droit d’action pour violation de droit d’auteur associé aux droits, titres et intérêts précités. »

Ce contrat souhaite « seulement » s’assurer que le dit conglomérat pourra réutiliser les textes des journalistes dans tous ses magazines , les photos des photographes et les illustrations des illustrateurs sur toutes les plateformes qu’on connaît et celles que le monde moderne pourrait inventer, et ce jusqu’à la fin des temps, sur toute la planète. Donc, si j’écris un article pour Coup de Pouce, il pourrait se retrouver dans Canadian Living dans 10 ans, sans que j’aie de rémunération supplémentaire. Il pourrait aussi se retrouver dans Elle Québec, ou le Journal Les Affaires…

En signant ce contrat, je ne pourrais pas toucher les redevances de Copibec si mon texte est repris dans les écoles par exemple.

Copibec remet des centaines de milliers de dollars chaque année à des auteurs, dont les journalistes indépendants, pour des textes repris dans les établissements d’enseignement de tout niveau. Avec la modernisation de la Loi sur le droit d’auteur entreprise par notre ami Stephen Harper à l’automne, déjà les redevances risquent de s’amoindrir.

Copibec ne remet pas les redevances aux conglomérats lorsqu’ils possèdent les droits d’auteur d’une oeuvre. L’argent payé par les établissements d’enseignement se retrouve donc distribué parmi les autres auteurs. Alors VOUS dirigeants d’établissements scolaires, aimeriez-vous payer pour l’utilisation d’articles en classe, sachant que l’auteur ne bénéficiera pas de cet argent?

Pour le conglomérat médiatique, faire signer un tel contrat nous demandant de céder nos droits d’auteurs nous fait perdre des redevances auxquelles nous aurions droit.

Mais ce contrat va encore plus loin. Il demande aux pigistes de renoncer à leur droit moral. Ce qui veut dire que je perds « la paternité » et « l’intégrité » de mon oeuvre.  Qu’est-ce que ça signifie? Ça veut dire que les gens que j’interviewe dans mes articles pourraient être cités hors contexte, ou même dans une publicité! VOUS qui êtes experts, interviewés par des journalistes, aimeriez-vous que vos propos soient repris hors contexte?

En signant ce contrat, il se pourrait que le contenu de mon article soit modifié sans mon consentement, que mon article soit vendu comme publireportage à une entreprise qui payera le triple du tarif que j’ai reçu pour cet article. Finalement, ça veut dire que mon travail ne vaut pas de la merde aux yeux du conglomérat médiatique qui tente de VOUS vendre ses publications.

Ça veut dire que les journalistes, les photographes et les illustrateurs sont juste des « remplisseux de trous » entre les pubs. Pourtant, les sites internet des conglomérats se ventent d’avoir du contenu « pertinent » et ayant « des normes de contenus rigoureuses ».  Mais ce même contenu n’est pas assez bon pour être respecté comme du contenu de qualité, comme de l’information qui vaut la peine d’être rémunérée à sa juste valeur.

Saviez-vous qu’environ 85% du contenu des magazines que VOUS lisez est produit par des journalistes indépendants? Et si les grands conglomérats font signer ce genre de contrats inacceptables aux journalistes indépendants qui travaillent pour eux, ça veut dire pour VOUS que vous allez lire toujours la même chose. Les mêmes textes vont se retrouver partout. La diversité de l’information et sa qualité vont en souffrir.

Non seulement ces contrats que font signer TVA Publications et maintenant TC Media sont abusifs, mais ils pénalisent les journalistes de leur gagne-pain ET prennent leurs lecteurs pour des idiots.

Pensez-y la prochaine fois que vous devrez renouveller votre abonnement pour un magazine de ces deux groupes.

Pour savoir quels sont les magazines qui appartiennent à TVA Publications.

Pour savoir quels sont les magazines qui appartiennent à TC Media.

Et pourtant, ça serait si simple… Faire signer un contrat pour la réutilisation des textes sans devoir céder les droits d’auteurs et renoncer aux droits moraux… Mais on préfère y aller avec la main de fer… dans un gant d’acier.

Pour information sur ce qu’est un contrat acceptable, équitable, visitez le site de l’Association des journalistes indépendants du Québec. 

2011 en revue

Je n’ai pas beaucoup écrit dans les derniers mois de 2011. C’est que la conciliation travail-famille s’est montrée plus difficile que je ne l’avais cru. En fait, j’ai voulu me prouver que j’étais encore capable, que je n’avais pas « perdu la main »… dans le fond, j’avais peur. Peur de ne pas être capable de garder mes contrats, peur de ne plus être capable de travailler à la pige comme je le fais depuis cinq ans, peur de me retrouver « out »… Alors, j’ai tout pris… tous les contrats. Je me suis étourdie dans les contrats pour me prouver à moi-même que j’étais encore capable. Quand on revient d’un congé de maternité, personne ne te dit que les choses ne seront plus jamais pareilles. Personne ne te dit que la conciliation travail-famille se vit sous le ton de modération du rythme de croisière professionnelle. Alors, en octobre, j’ai frappé un mur. J’ai dû accepter de ralentir alors que je venais à peine de mettre le pied sur la pédale d’accélération professionnelle.

En discutant avec plusieurs professionnels de la santé, tous me disait « Si tu savais combien de nouvelles mamans qui retournent au travail se trouvent dans la même situation… » Il paraît que c’est courant. Parce qu’on pense qu’on est prête à reprendre du service « comme avant ».
Bref, à toutes les mamans en congé de maternité, j’ai un conseil pour vous. Le retour au travail doit se faire progressivement et sans pression (surtout pas venant de vous-même, c’est la pire!). Autant l’adaptation de bébé à la garderie est une adaptation qui prend des semaines, autant l’adaptation du retour de maman au travail en est une qui doit aussi prendre des semaines. Et ça, c’est une notion du concept « conciliation travail-famille » qu’on entend peu. On parle d’un retour progressif pour les arrêts de maladie, on parle d’un retour progressif après un burn-out, on parle de conciliation travail-famille comme d’horaire flexible… mais pas de retour progressif pour ménager la maman qui doit retourner au travail et qui doit s’adapter à une nouvelle vie. C’est un pensez-y bien pour les entreprises qui se pensent à l’écoute de leurs travailleurs!

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Malgré un automne plus difficile que je ne l’avais espéré… j’ai quand même travaillé!

D’ailleurs, la programmation des conférences Les Belles Soirées à l’Université de Montréal débute dans les prochaines semaines. Il y a un peu de moi dans cette programmation puisque, cet automne, j’ai eu la chance d’y travailler comme recherchiste. Un travail un peu dans l’ombre mais très intéressant. Je vous invite donc à aller y faire un tour! Au menu: gaz de schiste, le futur de la science, les mythes alimentaires, les prochaines élections américaines, les risques d’internet, le Saint-Laurent, Michel Chartrand, le patrimoine conté du Québec, et une conférence qui me touche particulièrement… Les 50 ans des Jardins Métis, une histoire de famille fabuleuse qui vient de ma région natale.

Je suis également devenue cet automne rédactrice en chef (à la pige) d’Opérations Forestières, un magazine de l’industrie forestière, publié quatre fois par année. Un défi très intéressant puisque l’industrie forestière est à la croisée des chemins. L’innovation et la créativité sont au rendez-vous pour remettre cette industrie sur les rails. Je vous ferai d’ailleurs part de mes éditoriaux de temps à autre.

J’ai également écrit quelques articles pour Perspective infirmière, le magazine de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Ce mandat me permet de toucher à des sujets de santé dans une optique plus spécialisée.

J’ai également travaillé sur le magazine des diplômés de la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Celui-ci devrait être en ligne sous peu. Je vous informerai dès sa publication.

Finalement, j’ai travaillé très fort sur un projet qui se trouve encore sur la glace… Un reportage d’enquête qui verra le jour (espérons-le) dans les prochains mois, étant encore en attente de financement.

L’automne 2011 aura été rempli de beaucoup de mandats professionnels intéressants, ponctué de quelques rhumes et autres microbes gracieuseté de la garderie, agrémenté de beaucoup d’amour d’une poulette qui grandit à vue d’oeil, sans oublier le support d’un mari compréhensif.

Toutes mes excuses de vous avoir négligé ces derniers mois, je tenterai d’être plus assidue en 2012. Bonne année à tous!