Du Groenland au Nunavik

ENFIN! Après des mois de recherches, de terrain… et un peu d’attente aussi…

Voici mon article sur le Groenland et le Nunavik dans l’Actualité. Il a été publié dans le numéro sorti en kiosque le 22 novembre dernier.

Il est clair que le texte est court… difficile de mettre des centaines d’années d’histoire en contexte en si peu de mots. C’est que les contraintes du papier sont réelles, et ce n’est pas du contrôle du journaliste.

Mais j’espère que ce texte vous permettra de réaliser qu’il existe d’autres façons de travailler avec les Inuits, avec ces gens de coeur qui souhaitent s’épanouir comme peuple, en gardant certaines de leurs traditions culturelles, dont la langue.

Ce reportage m’a permis de rencontrer des gens formidables, généreux, de découvrir des coins de la planète magnifiques qu’on ne devrait pas prendre pour acquis… et qu’on devrait chérir.

Et pour vos yeux… un photoreportage du Groenland… Merci à mon mari pour les photos… MA-GNI-FI-QUE!

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Groenland – L’indépendance passe par la santé

Je travaille sur ce sujet de reportage depuis février 2012, depuis l’obtention de cette bourse en journalisme des IRSC.

C’est un honneur pour moi de vous partager ce reportage publié dans le Magazine Jobboom de novembre sur les professionnels de la santé au Groenland.

Ce voyage a été tellement enrichissant : pour mes yeux de voir d’aussi beaux paysages, pour mes oreilles d’entendre le chant du groenlandais et le son du vent nordique, pour mon nez pour sentir l’air pur et frais de l’Arctique, pour mes mains qui ont touché les icebergs et la toundra.

Enrichissant aussi comme journaliste de voir autre chose, une autre vision de l’Arctique.

Après plus de 9 mois de recherche, de lectures et de rencontres, après plus d’un mois sur le terrain au Nunavik et au Groenland, voici enfin le fruit de mon travail:

Groenland: L’indépendance passe par la santé

Merci au comité de sélection de la bourse en journalisme des IRSC de m’avoir permis de vivre cette aventure.

Allaiter, c’est glamour – VRAIMENT?

Je viens de voir la nouvelle campagne de publicité de la Direction de la santé publique de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal à propos de l’allaitement.

Une belle campagne de publicité, léchée, avec une belle femme, Mahée Paiement, qui allaite en talons hauts et en bustier, dans un décor digne d’Hollywood. Allaiter, c’est glamour, c’est le slogan de la campagne.

À première vue, on s’entend qu’allaiter, c’est pas particulièrement confortable dans une telle posture… Elle a plus l’air d’une mannequin voulant faire de la pub que d’une maman qui allaite son enfant… Je trouve que ça donne encore l’image que c’est facile d’allaiter, que c’est possible en tout temps, partout. Et dire que c’est glamour c’est réduire l’importance de l’allaitement à l’image… Pourtant, allaiter ce n’est pas toujours facile, ce n’est pas naturel pour toutes les femmes et tous les bébés. C’est un apprentissage pour l’un et pour l’autre…

Mais mon dégoût pour cette campagne de publicité est encore plus profond.

Je trouve cette pub RIDICULE! Plutôt que de gaspiller du temps et de l’argent les centaines de milliers de dollars dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des dû donner de l’argent pour de ressources sur le terrain de support et de conseil pour les mamans qui SOUHAITENT allaiter. Le manque de ressources est criant sur le terrain et beaucoup de mamans (dont moi) arrêtent d’allaiter à cause de ce manque de ressources. C’est inacceptable de la part du gouvernement.

** On m’a « suggéré » d’enlever toute référence à l’argent. On me dit que Mahée Paiement a fait cette campagne bénévolement.**

Avec l’argent dépensé dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des cliniques d’allaitement, payer des conseillères en lactation dans les CLSC… Ce n’est pas d’une image que la « cause » de l’allaitement a besoin, c’est de services pour encourager les femmes à continuer d’allaiter après le retour à la maison et bien les informer quand elles éprouvent des problèmes.

J’ai eu des problèmes d’allaitement dont j’ai parlé dans une multitude de billets sur ce blogue. Ma fille a perdu jusqu’à 18 % de poids de naissance après douze jours de vie. L’infirmière du CLSC venait à la maison pour peser le bébé aux deux jours. Quand elle voyait que ma fille perdait beaucoup de poids, elle m’a fait une menace de signaler à la DPJ parce que c’était de la maltraitance de ne pas vouloir de soins pour ma fille. Je le savais que j’avais juste besoin d’aide pour l’allaitement… mais elle disait que si je n’allais pas à Ste-Justine, elle serait obligée d’appeler à la DPJ. Et la même chose est arrivée à Ste-Justine. Ça faisait huit heures qu’on était à l’hôpital, ils avaient fait tous les tests possibles pour trouver une maladie à ma fille… Elle était rendue à 2500 grammes… Je pleurais en disant de m’aider avec l’allaitement que c’était ça le problème… Plutôt que de m’aider, le médecin m’a dit que si je ne promettais pas de revenir en clinique de jour le lendemain matin, il devrait hospitaliser ma fille et faire un signalement à la DPJ… et le lendemain matin, quand je me suis pointée à la clinique de jour, la pédiatre m’a dit que j’avais un problème d’allaitement et que si je voulais de l’aide, je devais payer 60 $ de l’heure pour une consultante en lactation. Elle ne m’a pas recommandé à la clinique d’allaitement de l‘hôpital Général Juif, elle ne m’a pas dirigée vers des ressources communautaires ou des cliniques d’allaitement. Ma marraine d’allaitement ne savait pas quoi me dire parce qu’elle ne savait pas qu’un bébé pouvait ne pas avoir de succion… Tout ce que j’aurais eu besoin, c’est de quelqu’un qui me dise de faire des exercices pour l’aider à téter… qu’en lui donnant un biberon, ça serait probablement mieux. Mais personne ne me l’a dit, même la consultante en lactation que j’ai payée 120 $ pour avoir un diagnostic. Alors vous comprendrez que quand je vois le gouvernement gaspiller de l’argent pour une campagne de publicité aussi ridicule, ça m’enrage au plus haut point.

Mon expérience conclut aussi que la réussite de l’allaitement passe par l’accès à des ressources rapidement après l’accouchement… Je suis certaine que si j’avais eu de meilleures ressources au lieu de me faire menacer de signalement à la DPJ, j’aurais réussi à allaiter plus longtemps…

Sur le site Moi aussi j’allaite, on dit « À Montréal, 4 CLSC, 1 maison de naissance et 1 centre hospitalier sont reconnus Amis des bébés »… JUSTE 4 CLSC!! Il y en a 38 à Montréal… et il y a plus de 15 hôpitaux. Mais pour être Amis des bébés, il faut faire partie des statistiques… il faut entre autres que moins de 10 % des bébés aient reçu une fois ou plus de la préparation lactée. Même des centres de néonatalogie ne sont pas Amis des bébés. Donc pour être Amis des bébés, on ne peut pas être Amis des mamans. Amis des bébés devraient être un sceau pour un établissement qui garanti de l’aide pour les mamans à donner le meilleur pour leur bébé, d’offrir des ressources gratuites pour l’allaitement, même en externe… Ça ne devrait pas être une affaire des statistiques…

Le suivi pendant la grossesse, à l’accouchement, mais aussi dans les jours qui suivent l’accouchement est crucial pour encourager l’allaitement… et c’est là que les ressources manquent. Sur le site de cette campagne de pub, on réfère aux organismes communautaires, aux cliniques d’allaitement… mais ces organismes n’arrivent pas à offrir tout le service dont les mères auraient besoin pour une seule raison : $$$$$. Mais on dépense pour une belle séance photo, une belle mannequin, un beau site web, une belle campagne… c’est ben beau, mais ça n’aide pas les femmes, ni les organismes à aider les femmes…

Les infirmières des CLSC qui visitent les mamans à domiciles devraient être formées en allaitement, devraient même être des consultantes en allaitement. Certaines le sont, mais l’évidence démontre que d’autres ne le sont pas. Plutôt que de faire cette campagne, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre à former les infirmières pour mieux donner des conseils aux nouvelles mamans, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour avoir les consultantes en lactation dans tous les hôpitaux où il y a une maternité, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour offrir des haltes-allaitement avec des consultantes en lactation dans tous les CLSC du Québec… mais le gouvernement a préféré faire une belle campagne de pub avec une belle mannequin.

Et une maman qui aura vécu un super bel allaitement sera la meilleure personne pour convaincre ses amies d’essayer… Plus on va aider les mamans qui veulent allaiter à vivre le plus bel allaitement, plus on aura d’expériences positives d’allaitement, plus d’autres femmes qui n’avaient pas pensé allaiter se tourneront vers l’allaitement… Si on veut encourager les femmes à allaiter leur bébé, il faut tout simplement leur donner les moyens de réussir.

Je croirai vraiment en la volonté du gouvernement à encourager l’allaitement le jour où on déploiera sur le terrain des ressources pour aider les mamans, pour les soutenir dans leurs choix, pour les encourager à persévérer si elles souhaitent allaiter, et ce partout au Québec, dans tous les CLSC et les hôpitaux. C’est une question de cohérence entre les bottines et les babines…

Les vestiges du colonialisme danois

Quand Hans Egede est arrivé au Groenland en 1721, il voulait évangéliser les Vikings. Mais ceux-ci avait disparu de l’île depuis déjà plusieurs siècles! Le seul peuple qui habitait le Groenland était les Inuit. Il a donc décidé de les évangéliser. Ses élèves ont appris la langue locale, traduit la Bible dans cette langue pour permettre aux Inuit de prier Dieu dans leur langue. C’est depuis ce temps que le territoire est resté entre les mains du Danemark. Les Américains ont bien essayé de mettre la main sur cette île stratégique de l’Atlantique Nord mais sans succès.

Quelques siècles plus tard, dans les années 1950, le Danemark trouvait que de donner des services à des petites communautés éloignées devenait difficile. Il a donc décidé de fermer plusieurs petits villages autour de Nuuk, la capitale. Pour « s’excuser » de devoir exproprier des familles entières d’endroits trop isolés, le gouvernement danois a fait construire des tours d’habitations à Nuuk pour loger tout ce beau monde.

À l’architecture stallinienne troublante, ces blocs d’appartements sont laids, vétustes et inadéquats. Et les gens de Nuuk en ont marre. Alors on détruit! Le bloc P est le plus gros et le premier à se faire démolir de la sorte. Pour les habitants de Nuuk, démolir le Bloc P, c’est comme jeter les mauvais souvenirs du mauvais colonialisme danois et repartir sur de meilleures bases, plus solides. C’est aussi détruire l’emblême même du colonialisme récent et les problèmes sociaux qu’il a entraîné.

Par contre, pour de nombreux Groenlandais, c’est aussi l’obligation d’aller vivre ailleurs, plus loin dans les collines de roc autour du centre-ville. C’est devoir prendre l’autobus (ou même devoir acheter une voiture) pour se déplacer. Les appartements des dix blocs adjacents au Bloc P (plus petits et allignés comme des soldats au coin des rues les plus achalandées du centre-ville) sont pourtant très convoités. Ils sont vétustes, désuets, mais certains préfèrent habiter dans ces logements plutôt que de devoir marcher une heure pour aller à l’épicerie.

Et certains disent qu’on fait juste déplacer les problèmes sociaux et la pauvreté à l’extérieur du centre-ville. Mais que ce n’est pas en démolissant des bâtiments où des gens en difficultés vivent qu’on aidera ces gens.

Les dix blocs appartements dans le centre-ville de Nuuk ont été construits dans les années 1950-1960 pour loger les habitants des villages environnants qui ont été fermés.

Le fameux Bloc P, vestige du passé danois colonialisme récent au Groenland.

Pour plusieurs, la destruction du Bloc P ne signifie pas la fin des problèmes sociaux qui s’y cachaient. Par contre, c’est une fierté des habitants de la capitale de démolir une architecture plutôt déprimante en plein centre-ville.