Du Groenland au Nunavik

ENFIN! Après des mois de recherches, de terrain… et un peu d’attente aussi…

Voici mon article sur le Groenland et le Nunavik dans l’Actualité. Il a été publié dans le numéro sorti en kiosque le 22 novembre dernier.

Il est clair que le texte est court… difficile de mettre des centaines d’années d’histoire en contexte en si peu de mots. C’est que les contraintes du papier sont réelles, et ce n’est pas du contrôle du journaliste.

Mais j’espère que ce texte vous permettra de réaliser qu’il existe d’autres façons de travailler avec les Inuits, avec ces gens de coeur qui souhaitent s’épanouir comme peuple, en gardant certaines de leurs traditions culturelles, dont la langue.

Ce reportage m’a permis de rencontrer des gens formidables, généreux, de découvrir des coins de la planète magnifiques qu’on ne devrait pas prendre pour acquis… et qu’on devrait chérir.

Et pour vos yeux… un photoreportage du Groenland… Merci à mon mari pour les photos… MA-GNI-FI-QUE!

Documentaire « Martha qui vient du froid »

Il s’est fait de nombreux documentaires sur le Nord. J’en ai écouté quelques-uns jusqu’à maintenant, et j’ai été particulièrement touché par « Martha qui vient du froid », un documentaire de l’ONF, de Marquise Lepage, qui porte sur le déplacement de certaines familles inuites d’Inukjuak sur la côte de la Baie James vers une terre inhospitalière pour tout humain : l’île d’Ellesmere. Ce déplacement organisé par le gouvernement visait à occuper l’extrême Arctique canadien pour assurer la souveraineté de ce territoire.

Troublant à quel point ces gens ont été mal informés sur ce déplacement, troublant à quel point le déplacement était risqué pour ces familles. On leur promettait une vie meilleure, beaucoup de gibiers… rien de tout ça ne s’est avéré. Que de la glace et la noirceur pendant près de six mois. Il ne faut pas en vouloir aux Inuit d’être méfiants face à « Blancs qui viennent du Sud » qu’ils appellent Qallunaat. Ils se sont fait avoir plus souvent qu’à leur tour, tout comme la grande majorité des Autochtones au Canada.

D’ailleurs, la souveraineté de l’Arctique est encore un sujet très sensible pour les communautés du nord du Canada. Les déplacements restent encore des moments difficiles, des histoires de famille qu’on oublie trop souvent, alors qu’on parle de militarisation de l’Arctique ou du passage du nord-ouest. Dans le magazine Above & Beyond de mai-juin, journal du Canada Arctique, on y retrouvait un article très intéressant sur le point de vue inuit de la souveraineté de l’Arctique. Un point de vue qu’on devrait écouter, c’est quand même eux qui occupent le territoire!

Le plus troublant… c’est qu’aucun livre d’histoire dans les écoles du Québec ne fait une simple mention de cette histoire, ni de l’histoire de ce peuple fascinant, de cette culture riche et de l’importance de leur présence dans le Nord.

L’accessibilité à la nourriture au Nunavik

Récemment, j’ai parlé d’alimentation dans le nord du Canada à la suite de la visite du rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

Ma visite au Nunavik ne serait pas complète sans une visite à l’épicerie! En fait, j’ai visité une des deux épiceries de Kuujjuaq pour l’instant. Mais j’ai pu constater quelques trucs intéressants. Quand un arrivage de bouffe périssable arrive à l’épicerie, il faut y aller rapidement, car ça va partir vite. Yogourt, fruits, légumes… La rangée des fruits et légumes est petite mais offre quand même un choix intéressant. Mais ce n’est pas toujours frais, c’est relativement plus cher, mais surtout il faut oublier les produits frais qui voyagent moins bien comme les fraises du Québec.

Dans mon billet sur l’alimentation, je parlais aussi des prix… et bien j’ai fait ma petite enquête.

Voici les prix que j’ai constaté au nord avec les coûts moyens retrouvés au sud…

Pour éviter de payer très chers, certains Nunavimiut commandent des produits par internet. Par contre, il faut tout d’abord avoir une carte de crédit, ce qui n’est pas une évidence pour tous les Nunavimiut. D’autre part, certains commerces chargent des coûts de transport très élevés ou gonflent les prix pour offrir le transport « gratuitement ».

*Je tiens à dire que les prix de Montréal ont été trouvé sur les sites internet des différents marchés d’alimentation. J’ai tenté de trouver des prix réguliers et non les prix en spécial dans la circulaire.

*L’offre alimentaire varie énormément d’un village à l’autre.

*Bien évidemment, les coûts de transport expliquent une partie des prix élevés en alimentation. Mais il suffit de regarder les prix des fromages québécois à Kuujjuaq pour comprendre que le transport n’est pas la seule raison… Ceux-ci sont presque le même prix qu’à Montréal! Le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur est un facteur beaucoup plus important que le transport…

L’air froid et pur de Kuujjuaq

Lorsque j’ai mis la tête hors de l’avion lundi dernier, la première chose qui m’est venu à l’esprit, ce n’est pas la petitesse des arbres, l’immensité de l’espace… mais plutôt l’odeur de l’air frais.

Et chaque fois que je retourne dehors, dans le village de Kuujjuaq, on dirait que mes poumons n’arrivent pas à absorber tout l’oxygène proposé… L’air ici est… particulier.

Et c’est comme si tout mon corps éprouvait de la difficulté à gérer cet apport d’air si pur. Une marche d’à peine 20 minutes dehors et la fatigue montre le bout de son nez.

Bien qu’hier il a fait plus de 30 degrés, et que la journée s’est terminée dans des orages assez spectaculaires, aujourd’hui il fait à peine 10 degrés. L’air froid et pur typique de la région est revenu.

Tempête de vent et de pluie à Kuujjuaq

La chaleur des derniers jours a amené quelques indésirables… les moustiques, mais a aussi permis à la nature de se réveiller un peu.

La linaigrette communément appelé coton de l’Arctique. Encore très jeune, la boule de coton deviendra beaucoup grosse.

Bien qu’il y ait voitures et VTT dans le village, beaucoup de gens se promènent à pied. Ici pas de concessionnaires de voitures. Pour en acheter une, il faut la commander au magasin général, elle arrivera par un de quelques bateaux qui alimentent le nord de matériaux de construction, de nourriture non périssable et autres produits. Les bateaux alimentent le nord seulement pendant la période estivale, de juin à septembre.

L’architecture au Nunavik

Vous vous demandez peut-être pourquoi les maisons se ressemblent toutes au Nunavik. Sachez que ce n’est pas par coquetterie, mais plutôt par pragmatisme.

Les maisons sont essentiellement bâties sur un modèle conçu pour les conditions climatiques extrêmes. Tout d’abord, elles ne sont pas construites directement sur le sol, mais plutôt sur des vérins, des sortes de piliers en triangle, ajustables selon les mouvements du sol. Les maisons sont donc toutes surélevées d’environ un mètre pour éviter un dégel du pergélisol (sol gelé en permanence). Si les maisons chauffées étaient construites directement sur le sol, il pourrait y avoir dégel et donc mouvement du sol qui diminuerait ses capacités portantes. Donc, oubliez la possibilité de veiller dans votre sous-sol, au Nunavik, ça n’existe pas!

Les vérins sur lesquels reposent les maisons du nord.

Une autre chose qui n’existe pas : un système d’aqueduc! À cause du même pergélisol, creuser un système d’aqueduc souterrain devient presque impossible. Des camions-citernes pour les eaux usées et l’eau potable parcourent donc les rues tous les jours pour alimenter les maisons de l’or bleu. Donc, les devantures de maisons sont toutes munies de gros robinets.

En bas, le gros robinet pour les eaux usées. En haut à côté de la porte, le petit robinet pour l’eau potable.

Le toit possède aussi un système de ventilation spécifique pour ces maisons du nord qui permet une isolation supplémentaire par l’air.

Compte tenu de ces caractéristiques particulières, mais aussi des coûts de transport et de main-d’oeuvre (qui doit être nourrie et logée pendant la courte période de construction de quatre mois – de juillet à octobre), la construction de maisons au Nunavik coûte deux fois plus cher qu’ailleurs au Québec. Un bungalow de trois chambres peut coûter jusqu’à 800 000 $ à construire!

Au total, 90 % des logements sont gérés par l’Office municipal d’habitation Kativik (logements sociaux). Le reste est géré par les entreprises et les organismes qui logent leurs employés.

Il y a une estimation d’un manque d’environ 1000 logements au Nunavik. La surpopulation des logements devient de plus en plus un problème de santé publique, étant donné que certaines familles élargies vivent 10-12 personnes dans un logement de 2 chambres à coucher. L’Office municipal d’habitation Kativik bâtit environ une soixantaine – parfois plus – de logements par année dans plusieurs villages, mais le rattrapage reste grand. Surtout considérant l’augmentation de la population du Nunavik. 

Or, au même moment où les problèmes de surpopulation de logements au Nunavik font rage, le non-paiement des logements est aussi un problème.

La méfiance nordique

Jour 1 de mon périple à Kuujjuaq.

Depuis quelques mois que je prépare ce voyage. La recherche pour mon reportage sur le recrutement des professionnels de la santé dans les communautés du nord (Nunavik et Groenland) se poursuit ici, sur le terrain pour les dix prochains jours.

Plus la journée du départ arrivait, plus je sentais une certaine méfiance de la part des intervenants que je souhaite interviewer.

Maintenant sur place, j’attends toujours des confirmations pour visiter l’hôpital de Kuujjuaq et rencontrer gens de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik.

Dans les derniers mois, il y a eu plusieurs reportages sur des situations vécues au Nunavik, notamment ceux d’André Noël et de Pascale Breton dans La Presse.

Il y a eu vives critiques à la suite de ces articles et d’autres publiés récemment… Des articles qui dépeignent la réalité, une réalité difficile à accepter pour certains. Difficile de parler de problèmes aussi sérieux, difficile de parler de problèmes aussi tristes. Mais si personne en parle, les médias sont critiqués. Lorsqu’ils en parlent, ils sont aussi critiqués… Damn if you do, damn if you don’t.

Et ces critiques semblent encourager une méfiance envers les médias concernant les enjeux sociaux du nord. Et je réalise que c’est une difficulté supplémentaire pour entrer en contact avec les intervenants officiels et les gens en général…

Malheureusement, cette méfiance risque de ne pas aider les gens du nord… car s’il devient de plus en plus difficile pour les journalistes de parler à des gens sur le terrain, il y aura moins de couverture des enjeux du Nunavik – et on s’entend que les enjeux de la population de ce grand territoire convoité mériteraient à être plus présents dans les médias nationaux…

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Kuujjuaq – 11 juin 2012
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Kuujjuaq – 12 juin 2012

Départ imminent

Je suis les conseils de notre grand Premier ministre à la lettre…

Je serai dans le Nord, autant que possible dans les deux prochains mois!

Le départ pour Kuujjuaq est imminent, quelques jours à peine avant de m’envoler vers le Nunavik. J’en rêve depuis des mois!

J’y rencontrerai des gens de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, mais aussi des professionnels de la santé… et je prendrai le temps d’y vivre, de regarder autour de moi, de respirer le Nord. Dix jours, c’est court pour prétendre tout faire ça… Mais je crois que ce sera quand même possible.

Bien sûr, je ne souhaite pas rester seulement à Kuujjuaq… L’aventure me mènera aussi dans un autre village… non déterminé à quelques jours de mon départ. Je garde les opportunités ouvertes aux aventures de dernière minute.

Je tenterai d’écrire mes impressions chaque soir, pour vous amener avec moi dans ma réflexion et mon travail sur le terrain.

Alors, suivez-moi, on part pour le Nunavik le lundi 11 juin 2012!