La santé des Inuit

Plusieurs facteurs influencent la santé des Inuit vivant dans le nord du Canada…

L’alimentation en est un très important. Les taux de diabète grimpent dangereusement au-dessus de la moyenne canadienne, la sécurité alimentaire est grandement compromise, notamment chez les jeunes familles, et la nourriture disponible n’est pas toujours de très grande qualité. Mais le gouvernement fédéral refuse toujours de parler de problèmes alimentaires…

Le logement entre aussi dans les facteurs influençant la santé des Inuit… Pourquoi? Parce que les maisons sont désuètes, inadéquates devenant surpeuplées, remplies de bactéries et de moisissures. Au départ, lorsqu’on a construit ces maisons, les Blancs n’ont pas pensé à l’aspect collectif de la culture inuite. Lorsqu’ils étaient nomades, les familles élargies vivaient ensemble. Cette façon de vivre reste toujours ancrée dans la culture. Or, on a construit des bungalows à 2 ou 3 chambres… alors que les familles moyennes comptent plus de 10 personnes! Les problèmes respiratoires y sont communs, notamment chez les jeunes enfants. Les cas de tuberculose explosent. Certains villages du Nunavik sont même isolés, les visiteurs sont « découragés » de s’y rendre pour éviter la propagation dans les autres communautés.

AJOUT 1er juin: Hier, le gouvernement régional Kativik adressait d’ailleurs certains problèmes financiers reliés au logement social au Nunavik. 

Lorsque vous avez faim et que votre chez-vous n’est plus sécuritaire pour votre santé et celles de vos enfants, comment voulez-vous que les enfants aillent à l’école? Comment voulez-vous que les adultes travaillent? La santé est la base de la prise en charge locale du peuple inuit. Or, le dernier budget fédéral annonce de très mauvaises nouvelles.

L’Organisation nationale de la santé autochtone est une organisation sans but lucratif vouée à l’amélioration de la santé physique, mentale, émotionnelle, sociale et spirituelle de toutes les personnes, familles et communautés inuites, métisses et des Premières nations. Elle vise le partage des connaissances pour aider une prise en charge des peuples autochtones du Canada. C’est la seule organisation au Canada contrôlée par les Autochtones… et le gouvernement fédéral a tellement réduit son financement lors du dernier budget qu’elle se doit de fermer les portes le 30 juin prochain. 

Et les coupes en santé autochtone ne s’arrêtent pas là! Inuit Tapiriit Kanatami, est la voix des Inuit au Canada. Cette organisation représente 55 000 Inuit répartis dans 53 communautés du nord du Canada. Elle aussi a vu son budget coupé de 1.5 million de dollars par année pour les deux prochaines années, une réduction de 40% de son budget en santé à cause des coupures annoncées à Santé Canada. Ces coupures affecteront notamment des programmes d’aide en santé mentale; un dossier tellement crucial pour les communautés inuites.

Les communautés inuites ont déjà un énorme rattrapage avant d’atteindre le seuil de santé des autres Canadiens. Le taux de mortalité infantile est trois fois plus élevé qu’ailleurs au pays. Le taux de suicide y est 11 fois plus élevé. Le taux de tuberculose est 174 fois plus élevé. L’espérance de vie est de 15 ans plus bas qu’ailleurs au pays. D’autres organismes offrant des services aux communautés inuites se verront dans une situation précaire à cause de ces coupures importantes dans les services fédéraux…

Le Canada devra expliquer ces coupures en 2013 lorsqu’il sera l’hôte du Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental incluant tous les pays de l’Arctique.

Le cercle vicieux de l’alimentation du Nord

Le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, Olivier Schutter, était au Canada pour présenter son rapport sur l’état de la faim dans notre grand pays d’abondance.

Or, le rapport n’est pas si rose. Insécurité alimentaire, malnutrition, iniquité, inaccessibilité… les mots sont durs et le gouvernement fédéral a de la difficulté à les avaler.

Pourtant, lors de la conférence de l’Année polaire internationale, plusieurs conférences parlaient de l’insécurité alimentaire, notamment dans les communautés du Nord. Parce qu’il y a un réel problème! Et c’est un couteau à double tranchant.

D’un côté, des mouvements antichasse aux phoques dénoncent la cruauté envers les animaux. D’un autre, des Inuit tentent de subvenir aux besoins alimentaires de leur famille et de leur communauté. Et il y a un troisième tranchant : il y a tellement de contaminants dans le gras des phoques que des chercheurs du Groenland (dont un médecin que j’ai personnellement rencontré) mentionnent qu’il faut peut-être revoir les habitudes alimentaires des Groenlandais qui mangent du phoque quotidiennement.

Ensuite, il y a l’insécurité alimentaire due au manque de revenu. Saviez-vous que les côtelettes de porc se vendent 27 $ le kilo à Iqaluit? À Montréal, on paye environ 11 $ le kilo. Sans compter que les denrées périssables sont plus ou moins disponibles de façon continue, selon la météo. Alors, on retrouve quoi dans les marchés du Nord du Canada? Des produits transformés, remplis de sel, de gras trans et autres cochonneries qu’on tente d’éliminer dans notre alimentation.

Après tout ça, on se demande pourquoi la santé des Inuit se détériore! Parce que l’alimentation, c’est la base de la santé. Une bonne alimentation permet une meilleure santé. Et si les communautés du Nord n’arrivent pas à obtenir des denrées de qualité, à coût abordable, leur santé n’est pas près de s’améliorer.

Il y a certaines initiatives très intéressantes comme le comptoir alimentaire communautaire. Cet organisme présent dans quelques communautés permet de payer des chasseurs et des pêcheurs pour rapporter la nourriture locale, fraîche et de bonne qualité à la communauté. C’est basé sur les principes ancestraux de partages de richesses.

Et il y a les organismes de soupes populaires qui tentent d’offrir des repas chauds à ceux qui n’ont pas les moyens de nourrir leur famille. Selon un sondage fait à Iqualuit, 53 % des gens sondés ont dû envoyer leurs enfants manger chez une autre personne parce qu’ils n’avaient pas assez à manger. Mais ces programmes vivent sur des subventions… fédérales… Le même gouvernement qui nie le problème d’insécurité alimentaire. Vraiment, un cercle vicieux s’est installé au Nord, depuis déjà trop longtemps.

Note: J’ai mentionné des sondages et initiatives au Nunavut seulement car il y avait une présentation à la conférence sur l’Année internationale sur le sujet. Il est possible que d’autres communautés du Nord du Canada, notamment au Nunavik aient les mêmes chiffres/services.

Apprendre à connaître les Inuit

En préparation à mon reportage sur les professionnels de la santé dans le Nord, je viens de terminer deux livres sur les Inuit. Je sais que je n’apprendrai pas à les connaître de cette façon. Par contre, je tiens à m’informer, à me sensibiliser à leur culture avant de me rendre dans le Nord.

Ces livres apportent un éclairage historique et académique à ce peuple mal connu des Québécois du sud.

Tout d’abord, pour un aspect humain de l’histoire moderne des Inuit du Nunavik, « Je veux que les Inuit soient libres de nouveau » m’a particulièrement touché. Taamusi Qumaq raconte sa vie (1914 à 1993), ses pensées du quotidien et la vie en général des Inuit du Nunavik. C’est une façon de comprendre ce que les Inuit ont vécu au XXe siècle, l’évolution rapide de leur société vers la modernité. Il n’y a pas si longtemps, les Inuit étaient nomades, vivaient encore dans des igloos l’hiver et dans des tentes l’été au gré des troupeaux et des saisons. Les Blancs sont arrivés et ont décidé où ils allaient s’installer pour qu’on puisse leur donner des services. Je trouve que ce livre donne une perspective différente, sage, de ce qu’on a l’habitude de lire sur les Inuit. Ce peuple souhaite de meilleures conditions de vie, comme tous les autres humains sur Terre. Ce livre devrait faire partie des cours d’histoire au Québec pour comprendre la réalité de ce peuple qui semble si loin culturellement mais qui pourtant fait partie de la société québécoise.

L’autre livre, plus académique mais tout aussi pertinent, Les Inuit et les Cris du Nord du Québec, permet de mieux comprendre le gens qui peuplent le Nord du Québec, le système dans lequel ils vivent, les difficultés auxquelles ils doivent faire face. Chaque personne qui doit se rendre au Nord devrait prendre le temps d’au moins le parcourir.

Vous avez d’autres lectures à me suggérer, n’hésitez pas à me les proposer!