L’accessibilité à la nourriture au Nunavik

Récemment, j’ai parlé d’alimentation dans le nord du Canada à la suite de la visite du rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

Ma visite au Nunavik ne serait pas complète sans une visite à l’épicerie! En fait, j’ai visité une des deux épiceries de Kuujjuaq pour l’instant. Mais j’ai pu constater quelques trucs intéressants. Quand un arrivage de bouffe périssable arrive à l’épicerie, il faut y aller rapidement, car ça va partir vite. Yogourt, fruits, légumes… La rangée des fruits et légumes est petite mais offre quand même un choix intéressant. Mais ce n’est pas toujours frais, c’est relativement plus cher, mais surtout il faut oublier les produits frais qui voyagent moins bien comme les fraises du Québec.

Dans mon billet sur l’alimentation, je parlais aussi des prix… et bien j’ai fait ma petite enquête.

Voici les prix que j’ai constaté au nord avec les coûts moyens retrouvés au sud…

Pour éviter de payer très chers, certains Nunavimiut commandent des produits par internet. Par contre, il faut tout d’abord avoir une carte de crédit, ce qui n’est pas une évidence pour tous les Nunavimiut. D’autre part, certains commerces chargent des coûts de transport très élevés ou gonflent les prix pour offrir le transport « gratuitement ».

*Je tiens à dire que les prix de Montréal ont été trouvé sur les sites internet des différents marchés d’alimentation. J’ai tenté de trouver des prix réguliers et non les prix en spécial dans la circulaire.

*L’offre alimentaire varie énormément d’un village à l’autre.

*Bien évidemment, les coûts de transport expliquent une partie des prix élevés en alimentation. Mais il suffit de regarder les prix des fromages québécois à Kuujjuaq pour comprendre que le transport n’est pas la seule raison… Ceux-ci sont presque le même prix qu’à Montréal! Le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur est un facteur beaucoup plus important que le transport…

La santé des Inuit

Plusieurs facteurs influencent la santé des Inuit vivant dans le nord du Canada…

L’alimentation en est un très important. Les taux de diabète grimpent dangereusement au-dessus de la moyenne canadienne, la sécurité alimentaire est grandement compromise, notamment chez les jeunes familles, et la nourriture disponible n’est pas toujours de très grande qualité. Mais le gouvernement fédéral refuse toujours de parler de problèmes alimentaires…

Le logement entre aussi dans les facteurs influençant la santé des Inuit… Pourquoi? Parce que les maisons sont désuètes, inadéquates devenant surpeuplées, remplies de bactéries et de moisissures. Au départ, lorsqu’on a construit ces maisons, les Blancs n’ont pas pensé à l’aspect collectif de la culture inuite. Lorsqu’ils étaient nomades, les familles élargies vivaient ensemble. Cette façon de vivre reste toujours ancrée dans la culture. Or, on a construit des bungalows à 2 ou 3 chambres… alors que les familles moyennes comptent plus de 10 personnes! Les problèmes respiratoires y sont communs, notamment chez les jeunes enfants. Les cas de tuberculose explosent. Certains villages du Nunavik sont même isolés, les visiteurs sont « découragés » de s’y rendre pour éviter la propagation dans les autres communautés.

AJOUT 1er juin: Hier, le gouvernement régional Kativik adressait d’ailleurs certains problèmes financiers reliés au logement social au Nunavik. 

Lorsque vous avez faim et que votre chez-vous n’est plus sécuritaire pour votre santé et celles de vos enfants, comment voulez-vous que les enfants aillent à l’école? Comment voulez-vous que les adultes travaillent? La santé est la base de la prise en charge locale du peuple inuit. Or, le dernier budget fédéral annonce de très mauvaises nouvelles.

L’Organisation nationale de la santé autochtone est une organisation sans but lucratif vouée à l’amélioration de la santé physique, mentale, émotionnelle, sociale et spirituelle de toutes les personnes, familles et communautés inuites, métisses et des Premières nations. Elle vise le partage des connaissances pour aider une prise en charge des peuples autochtones du Canada. C’est la seule organisation au Canada contrôlée par les Autochtones… et le gouvernement fédéral a tellement réduit son financement lors du dernier budget qu’elle se doit de fermer les portes le 30 juin prochain. 

Et les coupes en santé autochtone ne s’arrêtent pas là! Inuit Tapiriit Kanatami, est la voix des Inuit au Canada. Cette organisation représente 55 000 Inuit répartis dans 53 communautés du nord du Canada. Elle aussi a vu son budget coupé de 1.5 million de dollars par année pour les deux prochaines années, une réduction de 40% de son budget en santé à cause des coupures annoncées à Santé Canada. Ces coupures affecteront notamment des programmes d’aide en santé mentale; un dossier tellement crucial pour les communautés inuites.

Les communautés inuites ont déjà un énorme rattrapage avant d’atteindre le seuil de santé des autres Canadiens. Le taux de mortalité infantile est trois fois plus élevé qu’ailleurs au pays. Le taux de suicide y est 11 fois plus élevé. Le taux de tuberculose est 174 fois plus élevé. L’espérance de vie est de 15 ans plus bas qu’ailleurs au pays. D’autres organismes offrant des services aux communautés inuites se verront dans une situation précaire à cause de ces coupures importantes dans les services fédéraux…

Le Canada devra expliquer ces coupures en 2013 lorsqu’il sera l’hôte du Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental incluant tous les pays de l’Arctique.

Le cercle vicieux de l’alimentation du Nord

Le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, Olivier Schutter, était au Canada pour présenter son rapport sur l’état de la faim dans notre grand pays d’abondance.

Or, le rapport n’est pas si rose. Insécurité alimentaire, malnutrition, iniquité, inaccessibilité… les mots sont durs et le gouvernement fédéral a de la difficulté à les avaler.

Pourtant, lors de la conférence de l’Année polaire internationale, plusieurs conférences parlaient de l’insécurité alimentaire, notamment dans les communautés du Nord. Parce qu’il y a un réel problème! Et c’est un couteau à double tranchant.

D’un côté, des mouvements antichasse aux phoques dénoncent la cruauté envers les animaux. D’un autre, des Inuit tentent de subvenir aux besoins alimentaires de leur famille et de leur communauté. Et il y a un troisième tranchant : il y a tellement de contaminants dans le gras des phoques que des chercheurs du Groenland (dont un médecin que j’ai personnellement rencontré) mentionnent qu’il faut peut-être revoir les habitudes alimentaires des Groenlandais qui mangent du phoque quotidiennement.

Ensuite, il y a l’insécurité alimentaire due au manque de revenu. Saviez-vous que les côtelettes de porc se vendent 27 $ le kilo à Iqaluit? À Montréal, on paye environ 11 $ le kilo. Sans compter que les denrées périssables sont plus ou moins disponibles de façon continue, selon la météo. Alors, on retrouve quoi dans les marchés du Nord du Canada? Des produits transformés, remplis de sel, de gras trans et autres cochonneries qu’on tente d’éliminer dans notre alimentation.

Après tout ça, on se demande pourquoi la santé des Inuit se détériore! Parce que l’alimentation, c’est la base de la santé. Une bonne alimentation permet une meilleure santé. Et si les communautés du Nord n’arrivent pas à obtenir des denrées de qualité, à coût abordable, leur santé n’est pas près de s’améliorer.

Il y a certaines initiatives très intéressantes comme le comptoir alimentaire communautaire. Cet organisme présent dans quelques communautés permet de payer des chasseurs et des pêcheurs pour rapporter la nourriture locale, fraîche et de bonne qualité à la communauté. C’est basé sur les principes ancestraux de partages de richesses.

Et il y a les organismes de soupes populaires qui tentent d’offrir des repas chauds à ceux qui n’ont pas les moyens de nourrir leur famille. Selon un sondage fait à Iqualuit, 53 % des gens sondés ont dû envoyer leurs enfants manger chez une autre personne parce qu’ils n’avaient pas assez à manger. Mais ces programmes vivent sur des subventions… fédérales… Le même gouvernement qui nie le problème d’insécurité alimentaire. Vraiment, un cercle vicieux s’est installé au Nord, depuis déjà trop longtemps.

Note: J’ai mentionné des sondages et initiatives au Nunavut seulement car il y avait une présentation à la conférence sur l’Année internationale sur le sujet. Il est possible que d’autres communautés du Nord du Canada, notamment au Nunavik aient les mêmes chiffres/services.