La tuberculose frappe le Nunavik

C’est une maladie qu’on pense éteinte, éradiquée, éliminée. D’ailleurs, le vaccin contre la tuberculose n’est plus dans le calendrier régulier de la vaccination au Québec depuis 1976. Il reste disponible pour les gens qui voyagent dans certains pays ou encore pour les communautés du Nord du Canada… parce que là-bas, la tuberculose est loin d’être éliminée.

C’est d’ailleurs encore un problème de santé publique. À Kangiqsualujjuaq, le village le plus à l’est de la côte de l’Ungava au Nunavik, les cas de tuberculoses explosent depuis novembre 2011.  D’ailleurs, on m’avait avisé, lors de ma visite au Nunavik, que ce n’était peut-être pas la meilleure idée d’aller dans ce village. Mais en discutant avec certains professionnels de la santé, on m’a dit que de se rendre dans le village n’est pas un risque important si on évite les rassemblements dans des espaces clos.

Un professionnel qui travaille à Kangiqsualujjuaq m’a mentionné qu’il faut en parler de cette épidémie. « C’est une crise! Et elle touche des gens que nous ne sommes pas habitués de voir au CLSC (anciennement appelé un dispensaire*), ce sont de jeunes adultes qui se croient en santé ».

Depuis quelques semaines, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) a dépêché du personnel médical supplémentaire et un appareil de rayons X portatif à Kangiqsualujjuaq afin de faciliter le diagnostic des patients. Autrement, les patients devaient se déplacer à Kuujjuaq pour un rayon X, ce qui impliquait pour eux de prendre l’avion et de rester au « transit », le centre d’hébergement pour les patients des villages de la côte de l’Ungava.

Lorsque j’étais au Nunavik en juin, Kangiqsualujjuaq rapportait 59 cas de tuberculose active. Le 28 juin dernier, la RRSSSN a fait l’état de 68 cas, et La Presse parle de 72 cas en date du 11 juillet! La RRSSSN assure de faire tout ce qui est possible pour contenir la maladie.

Le 15 juin dernier, le fabricant du vaccin contre la tuberculose (BCG), Sanofi Pasteur, rappelait tous les vaccins en raison de problèmes de sécurité dans l’établissement de production. Bien que le vaccin ne peut pas prévenir la maladie chez les personnes déjà infectées ou chez les personnes qui ont été exposées à la maladie, l’efficacité du vaccin à prévenir la tuberculose est estimée à 50 %. Chez les nouveau-nés, l’efficacité grimpe à 74 %. Pour le moment, il est donc impossible de procéder à une campagne de vaccination pour immuniser les personnes qui ne présentent pas de symptômes ou encore qui n’ont pas été exposées à la maladie, ce qui aurait pu éviter une propagation de la tuberculose dans d’autres villages du Nunavik. Pour l’instant, seul Kangiqsualujjuaq est au prise avec cette épidémie… sans vaccins disponibles.

Les causes

En juin dernier, un groupe de chercheurs signaient une lettre dans La Presse concernant la tuberculose dans le Nord. Selon eux, le problème de manque de logements est une cause importante des problèmes de santé des Nunavimiuts, notamment la tuberculose. D’ailleurs, j’en ai parlé brièvement dans deux billets, un sur l’architecture au Nunavik et l’autre sur la santé des Inuit. 

Lorsque la tuberculose est diagnostiquée, il reste le traitement antibiotique. Lorsque la maladie est active, le traitement est de six mois, lorsqu’elle est en latence (sans symptômes), le traitement préventif est de neuf mois. C’est un défi pour les professionnels de la santé du Nunavik de s’assurer que les Nunavimiuts observent le traitement complet, d’où l’importance d’avoir des professionnels de la santé Inuit qui peuvent bien expliquer, dans leur langue natale, l’importance du traitement pour la communauté et pour s’assurer d’un suivi du traitement… mais là, j’entre dans le vif de mon reportage… à suivre!

*Il y a deux hôpitaux qui desservent les 14 communautés du Nunavik : un à Puvirnituq sur la côte de l’Hudson et l’autre à Kuujjuaq sur la côte de l’Ungava. Les autres villages ont un point d’accès santé (CLSC) où travaillent des infirmières et infirmiers possédant une formation supplémentaires les permettant de pratiquer des actes délégués (prescriptions de certains médicaments, suivi de certaines conditions médicales, etc.).

Vacciner les joueurs du Canadien?

Aujourd’hui, un débat s’organisait dans La Presse entre les journalistes Patrick Lagacé et Réjean Tremblay sur la vaccination des joueurs du Canada… Je ne crois même pas qu’il devrait y avoir un débat. Les joueurs de hockey, généralement en bonne santé, devraient attendre, comme les autres, l’arrivée des doses pour la population en générale.

Dans l’argumentaire de Réjean Tremblay, qui croit que les hockeyeurs devraient se faire vacciner en priorité, il manquait quelques éléments essentiels… 

Il dit que l’organisation du Canadien devrait aller chercher les doses de vaccins aux États-Unis où on peut se faire vacciner dans n’importe quel Walgreens pour 20$.

Premièrement, il est impossible de se faire vacciner contre la grippe H1N1 dans tous les Walgreens du pays. Le vaccin de la grippe saisonnière y est facilement accessible, mais pas celui contre la grippe H1N1.
 
Aux États-Unis comme au Québec, les doses de vaccins contre le H1N1 tardent à répondre à la demande… Ainsi, en Californie, on ne sera pas capable de vacciner toutes les personnes À RISQUE d’ici la fin décembre, comme le mentionnait le Los Angeles Times hier. 

On y fait la file pendant des heures pour être vacciné et même les personnes qui sont assurés par des assureurs privés ne peuvent obtenir les doses de vaccin demandées pour leur famille. Le système de santé privé aux États-Unis n’accélère pas la conception des doses vaccins. C’est que le virus de la grippe H1N1 ne grandit pas aussi rapidement dans les oeufs (endroits où on fait grandir le virus pour l’extraire et le mettre dans le vaccin) que le virus de la grippe saisonnière. Le virus de la grippe H1N1 ne se comporte pas de la même façon que les autres virus et c’est ce qui entraîne la situation présente du manque de doses, partout en Amérique du Nord.
 
En tant que société, seriez-vous capable d’être pour la vaccination des joueurs de hockey professionnels devant une femme enceinte américaine ou encore un enfant de moins de 5 ans? Est-ce qu’on pourrait dire à ces personnes à risque qu’elles ne peuvent se faire vacciner parce qu’une équipe de hockey canadienne vient de prendre leurs doses afin que la mascarade du hockey continue…

Je suis une fan du Canadien… plus que bien des Québécois… D’ailleurs, j’ai fait une heure et demi de voiture pour aller dans un bar du sud de Los Angeles pour regarder le match Canadien-Rangers la semaine dernière dans un bar qui diffusait le match sur grands écrans. J’ai fait le vol Montréal-Los Angeles il y a deux ans pour aller voir jouer le Canadien à Los Angeles dans la pire tempête de neige de la décennie…
 
Mais je dois dire qu’aujourd’hui, l’opinion de Réjean Tremblay me déçoit parce qu’on parle de personnes qui risquent de souffrir de complications importantes si elles attrapent la grippe. Les joueurs de hockey vivent dans la promiscuité soit… Mais quand ils voyagent, ils sont souvent dans des avions nolisés dont pas avec d’autres personnes et ce sont des personnes en forme qui ne devraient pas se faire vacciner en priorité. 

Et vous, croyez-vous qu’on devrait faire vacciner les athlètes professionnels avant la population à risque, comme c’est arrivé à Calgary et à Toronto?