Tremblement de terre

À la télévision publique ici, chaque soir, il y a un bilan sur le tremblement de terre au Sichuan. On montre les efforts pour venir en aide aux victimes, comment l’armée travaille fort pour mettre en place des abris de fortune pour ces miliers de réfugiés…

Mais on entend rien sur les révoltes des parents mécontents que les écoles se soient écroulées comme des châteaux de carte. On entend rien non plus sur les dirigeants locaux du Sichuan accusés d’avoir mal utilisé l’argent et les vivres pour les victimes du tremblement de terre…

Hier, il y avait un documentaire à la télévision. Imaginez, la tragédie du tremblement de terre a eu lieu le 12 mai dernier, soit il y a un mois et demi, et déjà on passe un documentaire sur le sujet…

Ce reportage d’une vingtaine de minutes parlait de ces gens courageux qui ont laissé leur vie pour protéger celle des autres. Entre autres, cette jeune maman qui allaitait son bébé de quelques mois. On a retrouvé son corps en position assise dans les décombres de sa maison. Ses mains et son corps protégeait le bébé, qui s’en est sorti indemne. Même si on a retrouvé le bébé que quelques heures après le tremblement de terre, il tétait toujours le sein de sa mère en espérant avoir quelque chose à manger.

Une autre maman a été retrouvée dans les décombres à quatre pattes. Sous elle, un bébé avait été protégé des débris. Dans la couverture qui enveloppait l’enfant, un téléphone cellulaire avec un message texte disait: Si tu survies, il faut que tu saches que je t’aimerai toujours… Une image à donner la chaire de poule.

Une enseignante de 20 ans a été retrouvée mortes dans les ruines d’une école primaire. Sous elle, il y avait trois enfants vivants… Cette jeune fille de 20 ans a préféré la mort pour sauver ses élèves. Les autres professeurs la pleure depuis ce jour. L’école reconstruite portera son nom.

Finalement, un petit garçon d’un an a été trouvé vivant dans les décombres de la maison de ses grands-parents. Ceux-ci gardaient le bambin pendant que les parents étaient partis travailler en ville. Les grands-parents sont morts et le bébé s’est retrouvé à l’orphelinat. On a retrouvé ses parents après 3 jours de recherche…

Toutes ces histoires sont très tristes, mais quand même inspirante. Par contre, une chose m’est venue en tête en regardant ces images. Ce tremblement de terre a fait tellement d’orphelins mais aussi de parents qui ont perdu leur seul et unique enfant… Ce qui viendra ne s’annonce pas vraiment joyeux… Et si les parents devenaient complètement dingue, prêt à dire que cet orphelin est leur enfant… Ça serait peut-être placer un baume sur leur peine et leur deuil… Mais ce pourrait être le plus grand mensonge d’adoption que la Chine n’ait jamais connu…

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Un rien fait la différence

Hier je suis retournée à l’orphelinat pour la troisième fois. J’ai dû manquer une semaine puisque je suis tombée malade après la dernière visite. Un virus probablement commun chez les enfants de l’orphelinat mais qui m’a donné des maux de ventre, une genre de tourista finalement!

Bref, pour la première depuis mes visites à l’orphelinat, je suis descendue à l’étage des enfants handicapés. C’est difficile de voir la réalité en face mais je crois qu’il est encore plus difficile de faire l’autruche et de les ignorer.

En entrant dans une des salles du quatrième étage, un petit bébé était à quatre pattes dans son lit, se balançant… Il avait l’air troublé. C’est lorsque je le l’ai pris dans mes bras que j’ai réalisé qu’il était aveugle.

Tout l’après-midi, j’ai bercé tout doucement ce petit bébé aveugle. Ses yeux bleus avaient la même apparence qu’un petit chaton qui vient à peine d’ouvrir ses yeux et qui ne voit pas encore. Il était très angoissé ce petit bonhomme quand je l’ai pris dans mes bras. Ses yeux tournaient au moindre bruit, il est très insécure. Il n’a pas de dents mais peut s’asseoir seul. Ses petits petits pieds sont sans muscle pour être dans un berceau toute la journée. Je ne crois pas qu’il a un an mais c’est tellement difficile à dire vu les énormes retards de développement des enfants à l’orphelinat.

 Je l’ai bercé, tout doucement, en lui chantant cette chanson scout infaillible pour endormir mon neveu et mes nièces! La Paix du soir l’a calmé, et tranquilement il s’est endormi dans mes bras. Il avait l’air si confortable et surtout en paix!

Lorsqu’il s’est réveillé, je lui ai donné à manger… et tout à coup, un miracle s’est produit… Il m’a sourit! La nounou qui en prend soin s’est approché… Elle ne l’avait jamais vu sourire. Son sourire était si franc et si beau, j’ai eu une petit larme au coin de mon oeil.

Je me rappelerai toujours de ce petit sourire, si frêle. Autant dire qu’un rien fait la différence…

Une bonne nouvelle malgré tout!

J’en suis à ma deuxième visite à l’orphelinat. Hier, je m’y suis rendue un peu de reculons, car les images m’avaient hantées toutes la semaine. Mais je me répétais que la vie n’est pas toujours belle et qu’il faut savoir faire face aux moins belles choses… J’y suis donc retournée hier. La semaine dernière, j’avais mentionné cette petite fille de quatre mois dont la tête était déformée à cause qu’elle est toujours couchée du même côté. Ça faisait deux heures que je l’avais dans les bras, elle semblait sourire ou du moins imiter mes traits du visage. Elle était très drôle! Un couple de chinois est entré dans la salle avec tous les enfants en santé en bas âge. Le couple a vu le bébé que je tenais dans mes bras… et l’a adopté!

Elle quittera l’orphelinat dans 10 jours, une fois que les papiers d’adoption auront été remplis et approuvés par le gouvernement. Pour un couple chinois, il est très facile d’adopter un enfant… Si ça pouvait être aussi facile pour nous, les Occidentaux, il n’y en aurait plus de mauvais traitements dans les orphelinats!

J’étais contente d’apprendre que cette petite fille aura une vie meilleure, ici à Shenzhen avec ses nouveaux parents qui prendront soin d’elle. C’est avec mon chinois rudimentaire que j’ai réussi à savoir ce que la nanny disait! On s’est parlé un peu, elle avec son anglais inexistant et moi avec mon chinois du niveau d’un enfant de trois ans!

Je reste donc, pour cette deuxième visite, avec une meilleure impression. Je ne suis pas retournée sur l’étage des personnes handicapées, c’est vraiment trop dur. Mais cette fois, j’ai aussi réalisé que je pourrais faire la même chose à Montréal, visiter des enfants, cette fois dans les hôpitaux… Je n’avais jamais pensé à faire ça avant mais je me suis dit que si je suis capable de visiter des enfants en Chine, pourquoi ne pas le faire au Canada!

Visite à l'orphelinat

Cette première visite a été très difficile pour le moral. Les enfants ne sont pas tous en santé, au contraire. Plusieurs sont lourdement handicapés, et c’est la raison pour laquelle ils sont à l’orphelinat. Leurs parents les ont abandonnés (même si cette pratique est illégale en Chine) en espérant avoir un autre enfant, en santé cette fois. Les coûts médicaux pour des opérations ou des suivis sont très dispendieux en Chine. C’est pourquoi beaucoup d’enfants avec des sévères fentes palatines (plus connues sous le nom de bec-de-lièvre) se retrouvent à l’orphelinat. D’autres ont les pieds tellement croches qu’ils marchent sur leurs chevilles.

À l’orphelinat, on ne fait pas la différence entre les enfants malades et les enfants handicapés. C’est pourquoi beaucoup d’enfants handicapés ne survivent pas. Certains enfants sont tellement malades qu’ils n’ont que la peau sur les os, du sang à la bouche, souffrant seuls dans leur petit lit en attendant la mort. Cette vision d’horreur m’a écrasé le coeur. Trop fagiles et trop malades pour être pris, ils ressemblent à ces réfugiés des camps de concentration nazis pendant la WWII. Ce ne sont que des êtres fantômatiques dont l’image, je vous le garantis, restera à jamais dans ma mémoire. Et à chaque fois que je les vois, mon coeur se serre, j’ai la chair de poule…

Malgré tout, beaucoup d’enfants sont en santé à l’étage supérieur. Mais ils leur manquent une chose… l’amour d’un être humain qui leur permettra de se développer normalement. Une fondation américaine, Half the sky, a permis à l’orphelinat d’avoir des jouets pour les enfants, d’aménager des salles de jeux et d’embaucher des grands-mamans! C’est le nom qu’on donne à ces femmes, des Chinoises de la région, qui viennent six jours sur sept s’occuper de 2 ou 3 enfants. Elles les changent, les nourissent, les amusent… Par contre, elles s’occupent beaucoup des 18 à 36 mois, et très peu des bébés.

À l’orphelinat, petits garçons et petites filles, on n’y voit pas vraiment la différence. Les enfants sont rasés car il est plus facile de les garder propre, moins de travail pour s’en occuper. Par contre, il est facile de constater en les changeant que la majorité sont des filles. Les couches ne sont que les linges pliés tenus par un élastique de couture. C’est un mal pour un bien car comme l’urine passe à travers, les nannys peuvent voir plus facilement quand c’est le temps de les changer, les pantalons sont mouillés.

Aujourd’hui, j’ai endormi une petite fille de quatre mois en la berçant doucement. Malgré qu’elle soit en parfaite santé, sa petite tête est toute déformée pour être laissée souvent dans la même position dans son berceau. J’en suis venue les larmes aux yeux. En fait, j’ai beaucoup pleuré aujourd’hui. C’était une journée très éprouvante de voir ces petits êtres qui sont simplement nés dans le mauvais pays, dans la mauvaise famille…

Je dois être très prudente en parlant de cet orphelinat car la dernière fois qu’un journaliste clandestin s’est inséré dans ce groupe de femmes qui visitent l’orphelinat deux fois par semaine, l’orphelinat a fermé ses portes à tout étranger. Ce n’est pas un service à rendre à ces enfants qui ont vraiment besoin d’une simple caresse. C’est pourquoi il est interdit de prendre des photos à cet endroit et que je n’écrirai pas d’article sur le sujet. J’ai vu à quel point ces enfants attendent la visite de ces femmes qui donnent chaque semaine des caresses à tous ceux qui en veulent. Ça ne vaut pas la peine de menacer la relation fragile entretenue avec l’institution.

Ces enfants ont besoin d’amour, de caresses et de chaleur humaine. C’est très difficile de voir les retards de développement dus au manque de contacts humains… Je vous garantis que ce n’est pas gâter un enfant que de le prendre dans ses bras!! C’est la vie!

Autre mission accomplie: fixer trouvée!

Jeudi, j’ai rencontré Crystal, une jeune fille de 25 ans, bachelière en administration des affaires de l’Université de Shenzhen. Elle m’aidera dans la recherche de contacts et d’entrevues pour les articles que je veux faire. Elle est drôle et sympathique et surtout très contente d’aider une jeune occidentale. C’est qu’elle vénère la culture occidentale et dénigre la sienne. Un peu décevant mais beaucoup de jeunes chinois renient leur culture traditionnelle pour se tourner vers la culture occidentale. Elle n’aime pas la musique chinoise, elle s’habille avec des marques américaines et son copain est canadien, de la Colombie-Britannique. Il est professeur à Shenzhen dans une école maternelle, comme beaucoup d’Occidentaux ici.

En discutant avec elle, elle m’annonce de façon très posée que son frère est atteint de la leucémie. Il a été diagnostiqué il y a deux semaines. Il habite la province du Hunnan, en plein milieu de la Chine, avec sa mère qui a dû laisser son travail pour s’occuper de son fils. Comme il n’a que 21 ans, il n’a pas d’assurances médicales et doit payer tous les frais médicaux. Crystal avait des économies et elle a pu payer pour les tests de sang et les nombreuses visites à l’hôpital. Par contre, maintenant, son frère doit avoir une grève de moelle osseuse, sinon il mourra. Cette intervention coûte 300 000 RMB (50 000 $) qu’elle ne possède évidemment pas. Elle souhaite rendre visite à des richissimes de Shenzhen pour obtenir leur pitié. Mais elle est très pessimiste quant au sort de son frère.

Sa mère est professeur et son père était explorateur de mines de charbon. Il est décédé à l’âge de 42 ans, alors que Crystal en avait que 9 des effets néfastes des particules de charbon sur ses poumons. C’est pour cette raison que Crystal désire à tout prix aider son frère, car elle ne veut pas perdre un autre membre de sa famille, si jeune. Elle souhaite maintenant que son histoire soit connue partout pour trouver de l’aide. Alors j’ai fait mon petit bout de chemin!