Une heure trente pour 5 min

Une expérience vécue hier… J’étais pleine de bonnes intentions… Je suis contente et surtout fière d’être de retour au Québec pour, entre autre, notre système de santé. J’y crois et j’apprécie peut-être plus ce système pour avoir compris le système de santé américain.

J’étais donc pleine de bonnes intentions d’aller à mon CLSC pour mes prises de sang. J’aurais pu aller dans le privé mais je me disais que le CLSC est juste à côté de la maison, que ce devrait être la façon de faire…

Bref, me voilà au centre de prélèvement à l’ouverture, 7h30. Premier constat: on ne mentionne nul part (sauf sur la porte) que les portes ouvrent à 7h et que tu peux venir chercher ton numéro à partir de cette heure… À 7h20, il y avait déjà 81 personnes devant moi… Moi qui pensait qu’une prise de sang c’était une affaire de quelques minutes, j’ai changé rapidement d’idée.

Personnellement, depuis le début de ma grossesse, je dois manger rapidement au lever sinon je risque des conséquences plutôt inconfortables comme des nausées, des chaleurs, la vision d’étoiles et surtout éventuellement l’évanouissement… En voyant que je devrai attendre à jeun plus d’une heure, je vais voir la préposée pour savoir s’il y avait une procédure spéciale pour les femmes enceintes. Elle me dit que non, qu’au pire, si je ne me sentais pas bien, il y avait une civière où je pourrais m’étendre en attendant mon tour. Aucune compassion, ni même un sourire…

Dans cette salle d’attente, il y a principalement des personnes âgées… certaines sont très malades, portant un masque pour éviter de contaminer les autres. Je suis en santé et je me bats pour le rester avec un système immunitaire affaibli par la grossesse… ça m’inquiète moi de rester dans une salle où d’autres personnes sont malades, crachent, toussent… Je garde mes mains près de moi, touche à rien en espérant que les microbes viendront pas me visiter.

Après une heure trente d’attente, on appelle mon numéro… et une femme se glisse juste devant moi sans s’excuser… C’est que c’est une employée du CSSS. Elle a priorité sur tout ce beau monde qui attend comme des dindons dans un enclos… Avec sa petite carte d’employée, elle s’enregistre et passe ses prises en sang en moins de deux… Affamée et affaiblie, ma patience commençait à fondre comme neige au soleil.

Je retourne m’asseoir avec les autres dindons, espérant passer rapidement parce que les chaleurs et les étoiles venaient de faire leur apparition. Après 20 minutes d’attente de plus, j’ai dû me rendre à l’évidence que c’était le temps pour la civière. Je retourne voir la préposée, tout aussi accueillante qu’un bloc de glace. Je lui demande où est la civière… Elle me dit « De l’autre côté de cette porte à gauche ».

Je passe la porte… Les trois infirmières qui font les prélèvements sont là! Je m’allonge sur la civière, on me regarde… Une seule infirmière s’approche pour me demander si j’allais bien… « Euh pas vraiment, j’ai faim et je vois des étoiles! » En deux temps trois mouvements, ma prise de sang était terminée. L’infirmière me donne un jus d’orange et j’ai pu manger ma banane avant de retourner à la maison…

Cette expérience très désagréable me fait réfléchir… Ma première réaction à chaud: « La prochaine fois, tu peux être sûr que je vais aller dans le privé! »

Mais d’autres questions viennent ensuite… Pourquoi ne pas organiser des cliniques de prises de sang pour les femmes enceintes une heure par semaine question d’éviter de les mettre en contact avec des personnes très malades? À la limite, faire les prises de sang sur rendez-vous pour ce groupe de la population.

Pourquoi le CLSC n’offre pas de cliniques de prélèvements dans les centres d’hébergement? Ce serait beaucoup plus efficaces, les personnes âgées et malades n’auraient pas à se déplacer et ça éviterait d’engorger le centre de prélèvement du CLSC. Au total, j’ai vu un minimum de 120 personnes attendre pour une prise de sang ce matin du 12 avril au CLSC de Montréal-Nord, dont une majorité ayant une difficulté à se déplacer. Si on ciblait des clientèles chaque – lundi: personnes malades, mardi:personnes âgées, mercredi: femmes enceintes, jeudi et vendredi: autres populations, me semble que ce serait plus efficace…

Malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour un système de santé universel, cette expérience me fait réfléchir sur l’efficacité de celui-ci. Mais chaque fois qu’on veut changer les méthodes de travail, il y a toujours des cabochons qui sont réfractaires au changement… Et ces cabochons nuisent à l’efficacité d’un système qui se meurt.

Mise à jour 23 avril 2010: J’ai eu une discussion avec mon médecin hier… Il a vraiment trouvé toute cette histoire ridicule, alors qu’il croyait que le CLSC acceptait de passer les femmes enceintes en priorité. Il a mentionné que le CLSC devrait avoir un téléphone qui va sonner pour remettre les pendules à l’heure! J’espère aussi que ce sera fait… pas pour moi mais pour toutes les femmes enceintes du quartier.

Advertisements

3 réflexions sur “Une heure trente pour 5 min

  1. j’ai vécu la même chose l’année passée enceinte. Je me suis présentée en plein mois de février frette dehors, 45 minutes à l’avance. Il y avait 15 personnes avant moi deja! Ils sont fous. Entka j’ai dû attendre 1hre debout en plus dehors… j’avais les étourdissements, les vomissements et l’évanouissement facile aussi. Ca avait aucun bon sens. Je l’ai aps trouvé drôle, je compatise donc et je trouve tes idées très pertinentes!

    1. Merci Véronique. C’est gentil. On devrait vraiment penser à un autre système, tu n’es pas la première femme enceinte qui me dit avoir vécu le même genre d’expérience… C’est vraiment débile!

  2. Au centre de prélèvements de l’hôpital LaSalle, il y a une priorité pour les femmes enceintes. On ne prend pas de numéro, on fait une file à part.

    Ça devrait être partout comme ça!

Les commentaires sont fermés.