L’intimidation

J’étais en quatrième année. Il s’appelait Alexandre… un p’tit roux, nouveau… Avec mes amis, on avait prévu lui lancer des pois secs avec des pailles après la classe. Mais on s’est fait pincé. Notre enseignante avait intercepté un petit papier entre moi et mon amie qui disait que j’avais oublié les pois mais qu’on pouvait toujours prendre du papier mâché. Sans avoir eu de grosse punition, on s’est fait parlé… fort. Mais pas aussi fort que quand j’ai jeté mon examen d’anglais par la fenêtre en 6e année. Et pourtant… les conséquences de l’inditimidation sont tellement plus grandes qu’un bout de papier lancé dans la gadoue!

En secondaire 3, j’ai reçu la monnaie de ma pièce… Je changeais d’étage (sec 1 et 2 en bas, secondaire 3-4-5 en haut). Mes amis étaient encore en secondaire 2. J’ai passé un automne (juste quelques mois) à longer les corridors, à me faire invisible pour éviter de faire rire de moi. J’avais des broches et des lunettes, j’étais la fille d’une personne politique qui venait de perdre ses élections. Bref, j’avais rien pour m’aider à me faire accepter. J’ai rencontré une amie qui revenait d’un an à l’étranger. Elle ne reconnaissait plus ses amis… Rapidement, on a tissé des liens parce que l’isolement se lisait sur nos visages. On a toutes deux terminé le secondaire dans le top 10 des élèves les plus impliqués de l’école!

Puis, je suis allée vivre un an aux États-Unis… Après à peine quelques semaines au pays de l’Oncle Sam, j’ai vu un enfant noir se faire battre dans la cour d’école, juste parce qu’il était noir. Il n’est jamais revenu à l’école après cette journée-là. Quelques mois plus tard, je me suis chicanée avec une membre de la gang des populaires de l’école… et elle m’a fait vivre le calvaire pendant 6 mois. De janvier à juin, rares étaient les journées où j’ouvrais la bouche pour parler à quelqu’un. L’ignorance, c’est la pire des intimidations… Je me suis refermée, mais j’ai survécu. Et là, à 18 ans, j’ai compris que les enfants peuvent être méchants entre eux. Mais que les parents sont souvent derrière cette méchanceté. Et c’est le rôle des parents d’élever leurs enfants et de leur faire comprendre que la méchanceté n’a pas sa place. Mais il y a encore des parents dans le déni total, ou encore qui s’amusent de l’attitude « forte » de leur enfant.

Vous connaissez la chanson L’escalier de Paul Piché? « Et puis les enfants, c’est pas vraiment vraiment méchants. Ça peut mal faire ou faire mal de temps en temps. Ça peut cracher, ça peut mentir, ça peut voler. Au fond, ça fait tout ce qu’on leur apprend. »

Il y a eu beaucoup de réactions concernant cette jeune fille, victime de ce qu’on appelle de l’intimidation, qui a trouvé une solution draconienne à son mal de vivre. Elle n’est pourtant pas la première, ni la dernière à vivre de l’intimidation. Et combien d’autres enfants ont choisi la même voie comme solution à leurs problèmes? Plutôt que de mettre l’accent sur le drame tragique de détresse psychologique qu’incarne cette jeune fille, de mettre sa photo et sa lettre d’aurevoir si personnelle au grand jour et qui pourrait inciter d’autres à faire comme elle; faudrait plutôt se tourner vers les échecs de la société à banir des comportements inacceptables. Parce que l’intimidation, dans un milieu de travail, ça s’appelle du harcèlement psychologique! Pourquoi accepter l’intimidation dans les écoles mais les proscrire une fois adulte? Me semble que d’étouffer le mauvais comportement dès l’enfance pourrait éviter bien des situations à l’âge adulte!