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Les vestiges du colonialisme danois

Quand Hans Egede est arrivé au Groenland en 1721, il voulait évangéliser les Vikings. Mais ceux-ci avait disparu de l’île depuis déjà plusieurs siècles! Le seul peuple qui habitait le Groenland était les Inuit. Il a donc décidé de les évangéliser. Ses élèves ont appris la langue locale, traduit la Bible dans cette langue pour permettre aux Inuit de prier Dieu dans leur langue. C’est depuis ce temps que le territoire est resté entre les mains du Danemark. Les Américains ont bien essayé de mettre la main sur cette île stratégique de l’Atlantique Nord mais sans succès.

Quelques siècles plus tard, dans les années 1950, le Danemark trouvait que de donner des services à des petites communautés éloignées devenait difficile. Il a donc décidé de fermer plusieurs petits villages autour de Nuuk, la capitale. Pour "s’excuser" de devoir exproprier des familles entières d’endroits trop isolés, le gouvernement danois a fait construire des tours d’habitations à Nuuk pour loger tout ce beau monde.

À l’architecture stallinienne troublante, ces blocs d’appartements sont laids, vétustes et inadéquats. Et les gens de Nuuk en ont marre. Alors on détruit! Le bloc P est le plus gros et le premier à se faire démolir de la sorte. Pour les habitants de Nuuk, démolir le Bloc P, c’est comme jeter les mauvais souvenirs du mauvais colonialisme danois et repartir sur de meilleures bases, plus solides. C’est aussi détruire l’emblême même du colonialisme récent et les problèmes sociaux qu’il a entraîné.

Par contre, pour de nombreux Groenlandais, c’est aussi l’obligation d’aller vivre ailleurs, plus loin dans les collines de roc autour du centre-ville. C’est devoir prendre l’autobus (ou même devoir acheter une voiture) pour se déplacer. Les appartements des dix blocs adjacents au Bloc P (plus petits et allignés comme des soldats au coin des rues les plus achalandées du centre-ville) sont pourtant très convoités. Ils sont vétustes, désuets, mais certains préfèrent habiter dans ces logements plutôt que de devoir marcher une heure pour aller à l’épicerie.

Et certains disent qu’on fait juste déplacer les problèmes sociaux et la pauvreté à l’extérieur du centre-ville. Mais que ce n’est pas en démolissant des bâtiments où des gens en difficultés vivent qu’on aidera ces gens.

Les dix blocs appartements dans le centre-ville de Nuuk ont été construits dans les années 1950-1960 pour loger les habitants des villages environnants qui ont été fermés.

Le fameux Bloc P, vestige du passé danois colonialisme récent au Groenland.

Pour plusieurs, la destruction du Bloc P ne signifie pas la fin des problèmes sociaux qui s’y cachaient. Par contre, c’est une fierté des habitants de la capitale de démolir une architecture plutôt déprimante en plein centre-ville.

La tuberculose frappe le Nunavik

C’est une maladie qu’on pense éteinte, éradiquée, éliminée. D’ailleurs, le vaccin contre la tuberculose n’est plus dans le calendrier régulier de la vaccination au Québec depuis 1976. Il reste disponible pour les gens qui voyagent dans certains pays ou encore pour les communautés du Nord du Canada… parce que là-bas, la tuberculose est loin d’être éliminée.

C’est d’ailleurs encore un problème de santé publique. À Kangiqsualujjuaq, le village le plus à l’est de la côte de l’Ungava au Nunavik, les cas de tuberculoses explosent depuis novembre 2011.  D’ailleurs, on m’avait avisé, lors de ma visite au Nunavik, que ce n’était peut-être pas la meilleure idée d’aller dans ce village. Mais en discutant avec certains professionnels de la santé, on m’a dit que de se rendre dans le village n’est pas un risque important si on évite les rassemblements dans des espaces clos.

Un professionnel qui travaille à Kangiqsualujjuaq m’a mentionné qu’il faut en parler de cette épidémie. « C’est une crise! Et elle touche des gens que nous ne sommes pas habitués de voir au CLSC (anciennement appelé un dispensaire*), ce sont de jeunes adultes qui se croient en santé ».

Depuis quelques semaines, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) a dépêché du personnel médical supplémentaire et un appareil de rayons X portatif à Kangiqsualujjuaq afin de faciliter le diagnostic des patients. Autrement, les patients devaient se déplacer à Kuujjuaq pour un rayon X, ce qui impliquait pour eux de prendre l’avion et de rester au « transit », le centre d’hébergement pour les patients des villages de la côte de l’Ungava.

Lorsque j’étais au Nunavik en juin, Kangiqsualujjuaq rapportait 59 cas de tuberculose active. Le 28 juin dernier, la RRSSSN a fait l’état de 68 cas, et La Presse parle de 72 cas en date du 11 juillet! La RRSSSN assure de faire tout ce qui est possible pour contenir la maladie.

Le 15 juin dernier, le fabricant du vaccin contre la tuberculose (BCG), Sanofi Pasteur, rappelait tous les vaccins en raison de problèmes de sécurité dans l’établissement de production. Bien que le vaccin ne peut pas prévenir la maladie chez les personnes déjà infectées ou chez les personnes qui ont été exposées à la maladie, l’efficacité du vaccin à prévenir la tuberculose est estimée à 50 %. Chez les nouveau-nés, l’efficacité grimpe à 74 %. Pour le moment, il est donc impossible de procéder à une campagne de vaccination pour immuniser les personnes qui ne présentent pas de symptômes ou encore qui n’ont pas été exposées à la maladie, ce qui aurait pu éviter une propagation de la tuberculose dans d’autres villages du Nunavik. Pour l’instant, seul Kangiqsualujjuaq est au prise avec cette épidémie… sans vaccins disponibles.

Les causes

En juin dernier, un groupe de chercheurs signaient une lettre dans La Presse concernant la tuberculose dans le Nord. Selon eux, le problème de manque de logements est une cause importante des problèmes de santé des Nunavimiuts, notamment la tuberculose. D’ailleurs, j’en ai parlé brièvement dans deux billets, un sur l’architecture au Nunavik et l’autre sur la santé des Inuit. 

Lorsque la tuberculose est diagnostiquée, il reste le traitement antibiotique. Lorsque la maladie est active, le traitement est de six mois, lorsqu’elle est en latence (sans symptômes), le traitement préventif est de neuf mois. C’est un défi pour les professionnels de la santé du Nunavik de s’assurer que les Nunavimiuts observent le traitement complet, d’où l’importance d’avoir des professionnels de la santé Inuit qui peuvent bien expliquer, dans leur langue natale, l’importance du traitement pour la communauté et pour s’assurer d’un suivi du traitement… mais là, j’entre dans le vif de mon reportage… à suivre!

*Il y a deux hôpitaux qui desservent les 14 communautés du Nunavik : un à Puvirnituq sur la côte de l’Hudson et l’autre à Kuujjuaq sur la côte de l’Ungava. Les autres villages ont un point d’accès santé (CLSC) où travaillent des infirmières et infirmiers possédant une formation supplémentaires les permettant de pratiquer des actes délégués (prescriptions de certains médicaments, suivi de certaines conditions médicales, etc.).

L’architecture au Nunavik

Vous vous demandez peut-être pourquoi les maisons se ressemblent toutes au Nunavik. Sachez que ce n’est pas par coquetterie, mais plutôt par pragmatisme.

Les maisons sont essentiellement bâties sur un modèle conçu pour les conditions climatiques extrêmes. Tout d’abord, elles ne sont pas construites directement sur le sol, mais plutôt sur des vérins, des sortes de piliers en triangle, ajustables selon les mouvements du sol. Les maisons sont donc toutes surélevées d’environ un mètre pour éviter un dégel du pergélisol (sol gelé en permanence). Si les maisons chauffées étaient construites directement sur le sol, il pourrait y avoir dégel et donc mouvement du sol qui diminuerait ses capacités portantes. Donc, oubliez la possibilité de veiller dans votre sous-sol, au Nunavik, ça n’existe pas!

Les vérins sur lesquels reposent les maisons du nord.

Une autre chose qui n’existe pas : un système d’aqueduc! À cause du même pergélisol, creuser un système d’aqueduc souterrain devient presque impossible. Des camions-citernes pour les eaux usées et l’eau potable parcourent donc les rues tous les jours pour alimenter les maisons de l’or bleu. Donc, les devantures de maisons sont toutes munies de gros robinets.

En bas, le gros robinet pour les eaux usées. En haut à côté de la porte, le petit robinet pour l’eau potable.

Le toit possède aussi un système de ventilation spécifique pour ces maisons du nord qui permet une isolation supplémentaire par l’air.

Compte tenu de ces caractéristiques particulières, mais aussi des coûts de transport et de main-d’oeuvre (qui doit être nourrie et logée pendant la courte période de construction de quatre mois – de juillet à octobre), la construction de maisons au Nunavik coûte deux fois plus cher qu’ailleurs au Québec. Un bungalow de trois chambres peut coûter jusqu’à 800 000 $ à construire!

Au total, 90 % des logements sont gérés par l’Office municipal d’habitation Kativik (logements sociaux). Le reste est géré par les entreprises et les organismes qui logent leurs employés.

Il y a une estimation d’un manque d’environ 1000 logements au Nunavik. La surpopulation des logements devient de plus en plus un problème de santé publique, étant donné que certaines familles élargies vivent 10-12 personnes dans un logement de 2 chambres à coucher. L’Office municipal d’habitation Kativik bâtit environ une soixantaine – parfois plus – de logements par année dans plusieurs villages, mais le rattrapage reste grand. Surtout considérant l’augmentation de la population du Nunavik. 

Or, au même moment où les problèmes de surpopulation de logements au Nunavik font rage, le non-paiement des logements est aussi un problème.