Archives de Catégorie: Santé

Entrevue sur le Groenland à Radio-Canada

C’était en novembre. Ouin… je sais. Je suis un peu en retard. Mais je vous dirige vers une entrevue que j’ai faite avec Caroline Nepton de l’émission Boréal Hebdo sur mon reportage au Groenland.

Groenland – L’indépendance passe par la santé

Je travaille sur ce sujet de reportage depuis février 2012, depuis l’obtention de cette bourse en journalisme des IRSC.

C’est un honneur pour moi de vous partager ce reportage publié dans le Magazine Jobboom de novembre sur les professionnels de la santé au Groenland.

Ce voyage a été tellement enrichissant : pour mes yeux de voir d’aussi beaux paysages, pour mes oreilles d’entendre le chant du groenlandais et le son du vent nordique, pour mon nez pour sentir l’air pur et frais de l’Arctique, pour mes mains qui ont touché les icebergs et la toundra.

Enrichissant aussi comme journaliste de voir autre chose, une autre vision de l’Arctique.

Après plus de 9 mois de recherche, de lectures et de rencontres, après plus d’un mois sur le terrain au Nunavik et au Groenland, voici enfin le fruit de mon travail:

Groenland: L’indépendance passe par la santé

Merci au comité de sélection de la bourse en journalisme des IRSC de m’avoir permis de vivre cette aventure.

Allaiter, c’est glamour – VRAIMENT?

Je viens de voir la nouvelle campagne de publicité de la Direction de la santé publique de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal à propos de l’allaitement.

Une belle campagne de publicité, léchée, avec une belle femme, Mahée Paiement, qui allaite en talons hauts et en bustier, dans un décor digne d’Hollywood. Allaiter, c’est glamour, c’est le slogan de la campagne.

À première vue, on s’entend qu’allaiter, c’est pas particulièrement confortable dans une telle posture… Elle a plus l’air d’une mannequin voulant faire de la pub que d’une maman qui allaite son enfant… Je trouve que ça donne encore l’image que c’est facile d’allaiter, que c’est possible en tout temps, partout. Et dire que c’est glamour c’est réduire l’importance de l’allaitement à l’image… Pourtant, allaiter ce n’est pas toujours facile, ce n’est pas naturel pour toutes les femmes et tous les bébés. C’est un apprentissage pour l’un et pour l’autre…

Mais mon dégoût pour cette campagne de publicité est encore plus profond.

Je trouve cette pub RIDICULE! Plutôt que de gaspiller du temps et de l’argent les centaines de milliers de dollars dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des dû donner de l’argent pour de ressources sur le terrain de support et de conseil pour les mamans qui SOUHAITENT allaiter. Le manque de ressources est criant sur le terrain et beaucoup de mamans (dont moi) arrêtent d’allaiter à cause de ce manque de ressources. C’est inacceptable de la part du gouvernement.

** On m’a "suggéré" d’enlever toute référence à l’argent. On me dit que Mahée Paiement a fait cette campagne bénévolement.**

Avec l’argent dépensé dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des cliniques d’allaitement, payer des conseillères en lactation dans les CLSC… Ce n’est pas d’une image que la « cause » de l’allaitement a besoin, c’est de services pour encourager les femmes à continuer d’allaiter après le retour à la maison et bien les informer quand elles éprouvent des problèmes.

J’ai eu des problèmes d’allaitement dont j’ai parlé dans une multitude de billets sur ce blogue. Ma fille a perdu jusqu’à 18 % de poids de naissance après douze jours de vie. L’infirmière du CLSC venait à la maison pour peser le bébé aux deux jours. Quand elle voyait que ma fille perdait beaucoup de poids, elle m’a fait une menace de signaler à la DPJ parce que c’était de la maltraitance de ne pas vouloir de soins pour ma fille. Je le savais que j’avais juste besoin d’aide pour l’allaitement… mais elle disait que si je n’allais pas à Ste-Justine, elle serait obligée d’appeler à la DPJ. Et la même chose est arrivée à Ste-Justine. Ça faisait huit heures qu’on était à l’hôpital, ils avaient fait tous les tests possibles pour trouver une maladie à ma fille… Elle était rendue à 2500 grammes… Je pleurais en disant de m’aider avec l’allaitement que c’était ça le problème… Plutôt que de m’aider, le médecin m’a dit que si je ne promettais pas de revenir en clinique de jour le lendemain matin, il devrait hospitaliser ma fille et faire un signalement à la DPJ… et le lendemain matin, quand je me suis pointée à la clinique de jour, la pédiatre m’a dit que j’avais un problème d’allaitement et que si je voulais de l’aide, je devais payer 60 $ de l’heure pour une consultante en lactation. Elle ne m’a pas recommandé à la clinique d’allaitement de l‘hôpital Général Juif, elle ne m’a pas dirigée vers des ressources communautaires ou des cliniques d’allaitement. Ma marraine d’allaitement ne savait pas quoi me dire parce qu’elle ne savait pas qu’un bébé pouvait ne pas avoir de succion… Tout ce que j’aurais eu besoin, c’est de quelqu’un qui me dise de faire des exercices pour l’aider à téter… qu’en lui donnant un biberon, ça serait probablement mieux. Mais personne ne me l’a dit, même la consultante en lactation que j’ai payée 120 $ pour avoir un diagnostic. Alors vous comprendrez que quand je vois le gouvernement gaspiller de l’argent pour une campagne de publicité aussi ridicule, ça m’enrage au plus haut point.

Mon expérience conclut aussi que la réussite de l’allaitement passe par l’accès à des ressources rapidement après l’accouchement… Je suis certaine que si j’avais eu de meilleures ressources au lieu de me faire menacer de signalement à la DPJ, j’aurais réussi à allaiter plus longtemps…

Sur le site Moi aussi j’allaite, on dit « À Montréal, 4 CLSC, 1 maison de naissance et 1 centre hospitalier sont reconnus Amis des bébés »… JUSTE 4 CLSC!! Il y en a 38 à Montréal… et il y a plus de 15 hôpitaux. Mais pour être Amis des bébés, il faut faire partie des statistiques… il faut entre autres que moins de 10 % des bébés aient reçu une fois ou plus de la préparation lactée. Même des centres de néonatalogie ne sont pas Amis des bébés. Donc pour être Amis des bébés, on ne peut pas être Amis des mamans. Amis des bébés devraient être un sceau pour un établissement qui garanti de l’aide pour les mamans à donner le meilleur pour leur bébé, d’offrir des ressources gratuites pour l’allaitement, même en externe… Ça ne devrait pas être une affaire des statistiques…

Le suivi pendant la grossesse, à l’accouchement, mais aussi dans les jours qui suivent l’accouchement est crucial pour encourager l’allaitement… et c’est là que les ressources manquent. Sur le site de cette campagne de pub, on réfère aux organismes communautaires, aux cliniques d’allaitement… mais ces organismes n’arrivent pas à offrir tout le service dont les mères auraient besoin pour une seule raison : $$$$$. Mais on dépense pour une belle séance photo, une belle mannequin, un beau site web, une belle campagne… c’est ben beau, mais ça n’aide pas les femmes, ni les organismes à aider les femmes…

Les infirmières des CLSC qui visitent les mamans à domiciles devraient être formées en allaitement, devraient même être des consultantes en allaitement. Certaines le sont, mais l’évidence démontre que d’autres ne le sont pas. Plutôt que de faire cette campagne, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre à former les infirmières pour mieux donner des conseils aux nouvelles mamans, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour avoir les consultantes en lactation dans tous les hôpitaux où il y a une maternité, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour offrir des haltes-allaitement avec des consultantes en lactation dans tous les CLSC du Québec… mais le gouvernement a préféré faire une belle campagne de pub avec une belle mannequin.

Et une maman qui aura vécu un super bel allaitement sera la meilleure personne pour convaincre ses amies d’essayer… Plus on va aider les mamans qui veulent allaiter à vivre le plus bel allaitement, plus on aura d’expériences positives d’allaitement, plus d’autres femmes qui n’avaient pas pensé allaiter se tourneront vers l’allaitement… Si on veut encourager les femmes à allaiter leur bébé, il faut tout simplement leur donner les moyens de réussir.

Je croirai vraiment en la volonté du gouvernement à encourager l’allaitement le jour où on déploiera sur le terrain des ressources pour aider les mamans, pour les soutenir dans leurs choix, pour les encourager à persévérer si elles souhaitent allaiter, et ce partout au Québec, dans tous les CLSC et les hôpitaux. C’est une question de cohérence entre les bottines et les babines…

Les vestiges du colonialisme danois

Quand Hans Egede est arrivé au Groenland en 1721, il voulait évangéliser les Vikings. Mais ceux-ci avait disparu de l’île depuis déjà plusieurs siècles! Le seul peuple qui habitait le Groenland était les Inuit. Il a donc décidé de les évangéliser. Ses élèves ont appris la langue locale, traduit la Bible dans cette langue pour permettre aux Inuit de prier Dieu dans leur langue. C’est depuis ce temps que le territoire est resté entre les mains du Danemark. Les Américains ont bien essayé de mettre la main sur cette île stratégique de l’Atlantique Nord mais sans succès.

Quelques siècles plus tard, dans les années 1950, le Danemark trouvait que de donner des services à des petites communautés éloignées devenait difficile. Il a donc décidé de fermer plusieurs petits villages autour de Nuuk, la capitale. Pour "s’excuser" de devoir exproprier des familles entières d’endroits trop isolés, le gouvernement danois a fait construire des tours d’habitations à Nuuk pour loger tout ce beau monde.

À l’architecture stallinienne troublante, ces blocs d’appartements sont laids, vétustes et inadéquats. Et les gens de Nuuk en ont marre. Alors on détruit! Le bloc P est le plus gros et le premier à se faire démolir de la sorte. Pour les habitants de Nuuk, démolir le Bloc P, c’est comme jeter les mauvais souvenirs du mauvais colonialisme danois et repartir sur de meilleures bases, plus solides. C’est aussi détruire l’emblême même du colonialisme récent et les problèmes sociaux qu’il a entraîné.

Par contre, pour de nombreux Groenlandais, c’est aussi l’obligation d’aller vivre ailleurs, plus loin dans les collines de roc autour du centre-ville. C’est devoir prendre l’autobus (ou même devoir acheter une voiture) pour se déplacer. Les appartements des dix blocs adjacents au Bloc P (plus petits et allignés comme des soldats au coin des rues les plus achalandées du centre-ville) sont pourtant très convoités. Ils sont vétustes, désuets, mais certains préfèrent habiter dans ces logements plutôt que de devoir marcher une heure pour aller à l’épicerie.

Et certains disent qu’on fait juste déplacer les problèmes sociaux et la pauvreté à l’extérieur du centre-ville. Mais que ce n’est pas en démolissant des bâtiments où des gens en difficultés vivent qu’on aidera ces gens.

Les dix blocs appartements dans le centre-ville de Nuuk ont été construits dans les années 1950-1960 pour loger les habitants des villages environnants qui ont été fermés.

Le fameux Bloc P, vestige du passé danois colonialisme récent au Groenland.

Pour plusieurs, la destruction du Bloc P ne signifie pas la fin des problèmes sociaux qui s’y cachaient. Par contre, c’est une fierté des habitants de la capitale de démolir une architecture plutôt déprimante en plein centre-ville.

D’autres photos de Nuuk, Groenland

Le soleil est sorti aujourd’hui… un peu. Juste le temps de montrer la ville sous un autre oeil. Avec le brouillard qui jouait à la cachette avec le soleil dans le fjord, c’était encore plus agréable à regarder.

Je parlais dans un autre billet de l’ancienne mission des Frères moraves qui a été utilisée lors de la création de l’Université du Groenland en 1989. Aujourd’hui, le soleil donnait une tout autre perspective à ce bâtiment historique!

L’ancienne mission des Frères moraves donnant sur le fjord à Nuuk.

Une autre perspective différente quand il fait beau à Nuuk, c’est de voir les montagnes qui bordent la ville et le fjord qui se dessine au loin. C’est impressionnant de voir ces immenses morceaux de roc se dresser autour de la ville alors qu’ils n’étaient pas visibles depuis les derniers jours à cause des nuages très bas. La vue y est d’ailleurs époustouflante! Ici, sur la côte menant à l’université, on voit le port de Nuuk. Avoir un bateau pour la majorité des Groenlandais est plus important que de posséder une voiture. Parce que pour sortir de la ville, la voiture ne se rend pas très loin! Au loin, on peut voir un bateau de croisière.

Du haut de la colline menant à l’unversité, la vue sur le port de Nuuk est magnifique.

J’ai aussi appris la signification de la sculpture devant le palais de justice… Ces deux hommes jouant du tambour règlent en fait leurs conflits. Cette tradition millénaire était jadis (avant l’arrivée des Danois en 1721) utilisée pour régler des conflits.

Une sculpture devant le palais de justice de Nuuk représente la danse au tambour.

Parce que la beauté d’être journaliste, c’est aussi de rencontrer des gens. Et je suis quand même ici pour travailler! Aujourd’hui, j’ai été gâtée par des rencontres riches. La générosité des gens ici est très grande, ils sont accueillants, contents de pouvoir discuter de leur travail. J’ai donc passé une partie de ma journée à l’hôpital pour rencontrer des professionnels de la santé. En cognant de porte en porte, j’ai pu rencontrer quatre professionnels et d’autres rencontres sont planifiés pour les prochains jours. Nul besoin de prendre rendez-vous à l’avance ni de contacter les communications de l’hôpital pour avoir une visite… Encore une fois, l’efficacité des contacts informels prend le dessus sur les contacts institutionnels!

L’hôpital de Nuuk au Groenland. Elle subit présentement des rénovations pour accueillir une nouvelle aile. Celle-ci permettra de pratiquer plusieurs chirurgies au Groenland plutôt que d’envoyer les patients au Danemark. Le gouvernement du Groenland a cru bon investir dans les infrastructures locales et déplacer les spécialistes au Groenland plutôt que de payer le transport des patients jusqu’au Danemark.

 

Plusieurs professionnels de la santé ici à Nuuk se rendront dans les prochains jours à Fairbanks en Alaska pour le Congrès international pour la santé circumpolaire, une conférence internationale sur la santé des populations de l’Arctique.

 

Tour d’horizon de Nuuk, Groenland

Première impression de Nuuk, c’est beaucoup plus gros que je l’imaginais! Nous venons tout juste de faire un tour de la ville en voiture… et la ville est très dispersée malgré ses 15 000 habitants. C’est que des collines entourent la plus vieille partie de la ville. Il est donc nécessaire de construire les maisons et les appartements dans d’autres secteurs. Plutôt que de construire les maisons sur le pergélisol, comme à Kuujjuaq, ici les maisons sont construites uniquement sur le roc pour éviter que les structures ne bougent. On y construit de plus en plus de blocs d’appartements pour subvenir aux besoins croissants de logements, un problème présent ici aussi. Bien que la construction ne cesse d’augmenter, les besoins pour subvenir aux familles nombreuses augmentent plus rapidement que la construction qui s’échelonne seulement sur quelques mois par année.

Les maisons de couleurs différentes donnent l’impression d’un village sous un arbre de Noël, avec les petites collines et l’église près de la mer. Tout près de l’église, le Musée national du Groenland raconte l’histoire de ce vaste territoire. On y parle de la vie des habitants du Groenland avant l’arrivée des Danois en 1721. Il y a évidemment les Inuit, mais aussi les Vikings qui ont occupé une partie du sud du Groenland entre 943 et environ 1450. Leur disparition est d’ailleurs encore un sujet controversé auprès des scientifiques. 

Tout près du musée se trouve la cathédrale de Nuuk… la notion de cathédrale prend un tout autre sens après avoir vu cette petite église de bois très simple construite en 1849. Tout à côté, sur une colline visible d’une grande partie de la ville, se dresse la statue de Hans Egede, un missionnaire Dano-Norvégien, fondateur de Nuuk (Gothtab, qui signifie bon espoir – good hope). Ce missionnaire protestant souhaitait aller au Groenland pour évangéliser les Vikings. À son arrivée en 1721, il a rapidement constaté que le seul peuple habitant au Groenland était les Inuit!

Au premier coup d’oeil, Nuuk apparaît comme une ville de petite taille qu’on pourrait retrouver partout dans le monde… mais son charme est définitivement la vue sur la mer et ses quelques petits icebergs qui flottent au loin. J’imagine la vue l’hiver, le paysage doit être féérique!

Le périple du Nord se poursuit

Dans moins d’une semaine, je foulerai la terre du Groenland pour la première fois… pour deux petites semaines. La pointe sud du Groenland est à la même lattitude que le Nord du Québec… Ce sera des vacances-travail disont plus exotiques, mais avec des paysages extraordinaires, de l’air pur et de la tranquilité.

J’arriverai tout d’abord à Nuuk, sa capitale après une escale à Copenhague. J’y découvrira pour la première fois le fameux soleil de minuit. Dormir à Kuujjuaq alors qu’il faisait jour jusqu’à 22h30 m’a donné du fil à retordre… alors j’ai bien hâte de voir l’effet de ce soleil de minuit sur mon sommeil!

Six jours à Nuuk pour rencontrer des professionnels de la santé, des spécialistes… et aussi un peu de temps pour visiter la ville!

Ensuite, c’est le grand départ vers le sud du Groenland. C’est avec un opérateur de tourisme que nous nous dirigerons vers des petites communautés vieilles de plus de 1000 ans, sur les traces des Vikings, et surtout pour rencontrer des gens dans ces petits villages accessibles seulement par bateau l’été ou par hélicoptère.

Je visiterai ainsi Narsarsuaq et ses 160 habitants (où se trouve l’aéroport), Qaqortoq, le village le plus populeux du sud de Groenland, avec ses 3200 habitants, et ensuite, ce sera sur les traces de Érik le Rouge que nous nous rendrons à Igaliku, village de 55 habitants qui semble absolument charmant. Nous aurons l’occasion de se promener en bateau pour voir un glacier!

 

Alors restez branché, je tenterai de bloguer même si la connection internet risque de ne pas être toujours disponible. J’y metterai des photos, promis!

La tuberculose frappe le Nunavik

C’est une maladie qu’on pense éteinte, éradiquée, éliminée. D’ailleurs, le vaccin contre la tuberculose n’est plus dans le calendrier régulier de la vaccination au Québec depuis 1976. Il reste disponible pour les gens qui voyagent dans certains pays ou encore pour les communautés du Nord du Canada… parce que là-bas, la tuberculose est loin d’être éliminée.

C’est d’ailleurs encore un problème de santé publique. À Kangiqsualujjuaq, le village le plus à l’est de la côte de l’Ungava au Nunavik, les cas de tuberculoses explosent depuis novembre 2011.  D’ailleurs, on m’avait avisé, lors de ma visite au Nunavik, que ce n’était peut-être pas la meilleure idée d’aller dans ce village. Mais en discutant avec certains professionnels de la santé, on m’a dit que de se rendre dans le village n’est pas un risque important si on évite les rassemblements dans des espaces clos.

Un professionnel qui travaille à Kangiqsualujjuaq m’a mentionné qu’il faut en parler de cette épidémie. « C’est une crise! Et elle touche des gens que nous ne sommes pas habitués de voir au CLSC (anciennement appelé un dispensaire*), ce sont de jeunes adultes qui se croient en santé ».

Depuis quelques semaines, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) a dépêché du personnel médical supplémentaire et un appareil de rayons X portatif à Kangiqsualujjuaq afin de faciliter le diagnostic des patients. Autrement, les patients devaient se déplacer à Kuujjuaq pour un rayon X, ce qui impliquait pour eux de prendre l’avion et de rester au « transit », le centre d’hébergement pour les patients des villages de la côte de l’Ungava.

Lorsque j’étais au Nunavik en juin, Kangiqsualujjuaq rapportait 59 cas de tuberculose active. Le 28 juin dernier, la RRSSSN a fait l’état de 68 cas, et La Presse parle de 72 cas en date du 11 juillet! La RRSSSN assure de faire tout ce qui est possible pour contenir la maladie.

Le 15 juin dernier, le fabricant du vaccin contre la tuberculose (BCG), Sanofi Pasteur, rappelait tous les vaccins en raison de problèmes de sécurité dans l’établissement de production. Bien que le vaccin ne peut pas prévenir la maladie chez les personnes déjà infectées ou chez les personnes qui ont été exposées à la maladie, l’efficacité du vaccin à prévenir la tuberculose est estimée à 50 %. Chez les nouveau-nés, l’efficacité grimpe à 74 %. Pour le moment, il est donc impossible de procéder à une campagne de vaccination pour immuniser les personnes qui ne présentent pas de symptômes ou encore qui n’ont pas été exposées à la maladie, ce qui aurait pu éviter une propagation de la tuberculose dans d’autres villages du Nunavik. Pour l’instant, seul Kangiqsualujjuaq est au prise avec cette épidémie… sans vaccins disponibles.

Les causes

En juin dernier, un groupe de chercheurs signaient une lettre dans La Presse concernant la tuberculose dans le Nord. Selon eux, le problème de manque de logements est une cause importante des problèmes de santé des Nunavimiuts, notamment la tuberculose. D’ailleurs, j’en ai parlé brièvement dans deux billets, un sur l’architecture au Nunavik et l’autre sur la santé des Inuit. 

Lorsque la tuberculose est diagnostiquée, il reste le traitement antibiotique. Lorsque la maladie est active, le traitement est de six mois, lorsqu’elle est en latence (sans symptômes), le traitement préventif est de neuf mois. C’est un défi pour les professionnels de la santé du Nunavik de s’assurer que les Nunavimiuts observent le traitement complet, d’où l’importance d’avoir des professionnels de la santé Inuit qui peuvent bien expliquer, dans leur langue natale, l’importance du traitement pour la communauté et pour s’assurer d’un suivi du traitement… mais là, j’entre dans le vif de mon reportage… à suivre!

*Il y a deux hôpitaux qui desservent les 14 communautés du Nunavik : un à Puvirnituq sur la côte de l’Hudson et l’autre à Kuujjuaq sur la côte de l’Ungava. Les autres villages ont un point d’accès santé (CLSC) où travaillent des infirmières et infirmiers possédant une formation supplémentaires les permettant de pratiquer des actes délégués (prescriptions de certains médicaments, suivi de certaines conditions médicales, etc.).

L’accessibilité à la nourriture au Nunavik

Récemment, j’ai parlé d’alimentation dans le nord du Canada à la suite de la visite du rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation.

Ma visite au Nunavik ne serait pas complète sans une visite à l’épicerie! En fait, j’ai visité une des deux épiceries de Kuujjuaq pour l’instant. Mais j’ai pu constater quelques trucs intéressants. Quand un arrivage de bouffe périssable arrive à l’épicerie, il faut y aller rapidement, car ça va partir vite. Yogourt, fruits, légumes… La rangée des fruits et légumes est petite mais offre quand même un choix intéressant. Mais ce n’est pas toujours frais, c’est relativement plus cher, mais surtout il faut oublier les produits frais qui voyagent moins bien comme les fraises du Québec.

Dans mon billet sur l’alimentation, je parlais aussi des prix… et bien j’ai fait ma petite enquête.

Voici les prix que j’ai constaté au nord avec les coûts moyens retrouvés au sud…

Pour éviter de payer très chers, certains Nunavimiut commandent des produits par internet. Par contre, il faut tout d’abord avoir une carte de crédit, ce qui n’est pas une évidence pour tous les Nunavimiut. D’autre part, certains commerces chargent des coûts de transport très élevés ou gonflent les prix pour offrir le transport "gratuitement".

*Je tiens à dire que les prix de Montréal ont été trouvé sur les sites internet des différents marchés d’alimentation. J’ai tenté de trouver des prix réguliers et non les prix en spécial dans la circulaire.

*L’offre alimentaire varie énormément d’un village à l’autre.

*Bien évidemment, les coûts de transport expliquent une partie des prix élevés en alimentation. Mais il suffit de regarder les prix des fromages québécois à Kuujjuaq pour comprendre que le transport n’est pas la seule raison… Ceux-ci sont presque le même prix qu’à Montréal! Le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur est un facteur beaucoup plus important que le transport…

Le recrutement des professionnels de la santé dans le nord

C’est le sujet de mon reportage. C’est la raison pour laquelle je suis à Kuujjuaq présentement.

En relisant les billets écrits depuis l’obtention de cette bourse des IRSC qui me permet de faire ce reportage, j’ai réalisé que je n’ai pas expliqué le dit reportage.

Il porte donc sur les professionnels de la santé dans les communautés du Nunavik et du Groenland. Je veux comprendre  les différences de pratiques, les incitatifs pour travailler au nord, les possibilités d’emploi selon les domaines, les prérequis pour travailler en région dite éloignée, et aussi les défis que représentent la pratique dans les villages où le point de services de soins de santé n’est pas un hôpital. Je veux aussi comprendre l’importance de la connaissance de la culture inuite dans la santé des communautés.

Je souhaite aussi savoir les difficultés des Nunavimiut à devenir des professionnels de la santé: les études post-secondaires au sud, le retour dans la communauté après les études, le logement, devenir membre d’un ordre professionnel… Je souhaite parler avec des Nunavimiut pour avoir leur point de vue et leur expérience à ce sujet.

Tous ces aspects seront abordés du point de vue du Nunavik, mais aussi au Groenland, où je me rendrai en juillet.

Je ne vous en dis pas plus… pour garder le suspense jusqu’à sa publication, à l’automne!