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Cher TC Media

J’ai eu la chance d’apprendre mon travail de journaliste chez-vous, dans vos hebdos de l’est de Montréal. Il y a de ça, déjà, presque dix ans. J’ai appris à couvrir des conseils d’arrondissements, à côtoyer la jungle politique, à couvrir des événements de toutes sortes; à comprendre « la game » finalement.

J’ai appris à me faire des contacts sur le terrain. J’ai appris l’importance de chérir ces contacts. J’ai appris à les cultiver et à les faire fructifier. J’ai appris à travailler ailleurs que dans une salle de rédaction : dans mon auto, dans un terrain vague, dans le stationnement de l’hôtel de ville, derrière un immeuble en flammes. J’ai appris à être alerte lorsque je me promène sur le territoire couvert, d’avoir toujours les antennes ouvertes, au cas où.

Et voilà que toi, tu décides que c’est fini. Tu ne permettras plus à tes journalistes d’apprendre ces choses essentielles pour faire de l’information de qualité. Tu décides que la « contribution citoyenne » fait pareil, que des communiqués remâchés et des chroniques seront suffisantes pour informer les citoyens des quartiers de Montréal. Tu décides que la démocratie locale n’a plus besoin d’information objective et rigoureuse. Pourtant, Montréal a grand besoin de cette démocratie, précisément à ce moment crucial où elle doit se reconstruire sur des bases solides.

Tu décides que 12 journalistes pour couvrir l’ensemble de l’île de Montréal et tes 22 journaux locaux, ça sera suffisant. C’est vraiment prendre tes journalistes pour des remplisseurs de trous… et tes lecteurs pour des cons.

Je suis profondément déçue de toi TC Media. Un fleuron de l’économie québécoise, une entreprise de presse qui rayonne partout au Canada… et qui laisse tomber ce qu’elle devrait chérir le plus : son contenu. Tu l’as montré récemment avec le contrat indigne que tu t’apprêtais à présenter à tes collaborateurs pigistes, maintenant tu le montres encore plus clairement que le contenu n’est pas ta priorité.

Je te souhaite une chose TC Media… Que d’autres journaux hyperlocaux viennent s’installer dans les quartiers où tu es présent. Plusieurs journalistes croient au rôle des médias dans la démocratie. Ces journalistes inspirants démarrent de nouvelles plateformes, de nouvelles façons de faire du journalisme. Et un jour, les annonceurs réaliseront que ton modèle est dépassé. Que remâcher des communiqués ne mène pas à du contenu de qualité…

Le contenu pour une entreprise de presse, c’est ce qui la fait vivre… Si tu coupes dans ton contenu, TC Media, tu coupes sur ta durée de vie en tant qu’entreprise de presse… Et tu seras quoi? Une entreprise marketing qui offre des publireportages et des communiqués entre des publicités de concessionnaires automobiles… Un gros Publisac finalement… tu sais, celui que tant de gens s’empressent de jeter au recyclage ou refusent même d’avoir à leur porte!?!

Ce n’est surtout pas du journalisme.

Le contrat de TC Media en questions/réponses

L’AJIQ a reçu énormément de questions au sujet du nouveau contrat de Médias Transcontinental (TC Media). Je partage ici quelques-unes des questions, suivies des réponses. Merci à mon collègue André Dumont, VP sortant de l’AJIQ d’avoir compilé les questions et formulé les réponses.

Q. J’ai signé le contrat. Puis-je traduire mes articles en anglais et les vendre à une publication de Toronto?

R. Non. Vous n’êtes plus détenteur des droits d’auteur sur vos articles.

Q. Pourrais-je un jour publier un livre avec mes articles?

R. Oui. Vous devrez d’abord racheter vos droits à TC Media.

Q. Mon père est particulièrement fier de mon article publié dans Coup de pouce. Peut-il le reproduire dans un album qui sera vendu lors du grand rassemblement des Tremblay d’Amérique?

R. Oui. Il devra d’abord négocier une licence avec TC Media.

Q. Puis-je revendre mon article à un journal communautaire de Tombouctou?

R. Non. Le contrat accorde aussi l’exclusivité à TC Media pour le Mali.

Q. TC Media peut-elle modifier mes articles sans mon consentement?

R. Tout à fait. Vous avez renoncé à votre droit moral. Vous n’avez plus de regard sur l’intégrité de vos articles. Votre signature ne garantit plus au lecteur que c’est vous qui avez réellement créé le contenu de vos articles.

Q. Mon nom apparaîtra-t-il toujours avec mes articles?

R. TC Media se donne le droit d’écarter votre nom « pour des motifs raisonnables ». Par exemple, il serait tout à fait raisonnable de retirer votre nom si un de vos articles devient un publireportage. Ou si un extrait de votre article devient le slogan d’un annonceur. Il pourrait aussi être raisonnable d’écarter votre nom si des extraits de vos articles étaient intégrés à ceux d’autres auteurs.

Q. Le contrat parle de « droits moraux ». Ai-je plus d’un droit moral?

R. Non, vous n’avez qu’un seul droit moral. À moins que vous écriviez sous plus d’un nom de plume, ou que vous souffriez du trouble de personnalités multiples.

Q. Si TC Media publie mon article à plusieurs reprises, serais-je payé davantage?

R. Non. TC Media peut publier vos articles à de multiples reprises sous l’une de ses multiples « marques », le vendre à d’autres éditeurs, le traduire en panjabi et le publier dans un livre à succès, sans que vous ne touchiez un cent de plus.

Q. Mon oncle patenteux est en train d’inventer un média qui permettra de lire des articles dans le ciel, lors de soirs de pleine lune. Pourra-t-il publier mes articles?

R. Désolé. TC Media y a pensé avant votre oncle. Le contrat inclut les droits pour les médias « actuellement connus ou ultérieurement créés. »

Q. Le contrat de TC Media est-il compatible avec les Dix principes d’un contrat équitable que prônent la FPJQ et l’AJIQ?

R. Vous trouverez la réponse en lisant les Dix principes d’un contrat équitable.

Q. J’ai signé le nouveau contrat au même tarif que l’ancien. Me suis-je fait avoir?

R. D’aplomb! TC Media trouve vos articles tellement bons qu’il a demandé une licence pour tous les magazines, journaux, sites internet et autres médias de partout dans le monde! D’après nos calculs, vous devriez demander 42 723 $ le feuillet. Si la planète Mars avait été incluse, ce serait encore plus.

Q. Je n’ai pas encore signé. Le contrat est-il négociable?

R. Tout contrat est négociable. Bonne chance.

Q. On me dit que si je veux collaborer et vendre mes articles à TC Media, je dois signer le contrat tel quel, sans pouvoir en modifier les clauses. Est-ce possible?

R. Impossible. Si c’était le cas, ce contrat serait un contrat d’adhésion. Il n’aurait aucune valeur légale.

Appuis de taille au combat des journalistes indépendants

Depuis une semaine, l’Association des journalistes indépendants du Québec dénonce un contrat abusif de TC Media qui demande à ses collaborateurs de céder tous ses droits d’auteurs et de renoncer à son droit moral pour tous les articles écrits pour l’entreprise.

Depuis, plusieurs autres associations et syndicats se rallient à la position de l’AJIQ:

Communiqué de la CAPIQ

Communiqué de l’UNEQ

Communiqué de Illustration Québec

Communiqué de la Guilde canadienne des médias 

Communiqué du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier

La qualité de l’information en dépend

Vous pensez peut-être que ce contrat indigne que souhaite faire signer TC Media (et que TVA Publications fait déjà signer à ses collaborateurs depuis plusieurs années) ne touche que les conditions de travail des journalistes indépendants…

Détrompez-vous les amis. Vous, qui lisez ces magazines en vente dans toutes les bonnes épiceries, vous serez aussi touchés par la signature de ces contrats liant les magazines et ses collaborateurs.

Parce qu’au départ, il existe du contenu web, et du contenu papier. Mais de plus en plus, c’est le même contenu qu’on transforme, qu’on adapte. Même chose avec les plateformes mobiles. Donc une fois que vous recevez votre magazine papier dans le confort de votre foyer, ce ne sera que la signature graphique qui changera. L’offre de contenu sera la même, sur toutes les plateformes. La diversité de l’information en souffrira. N’êtes-vous pas tannés d’entendre toujours les mêmes choses?

Le public est justement de plus en critique par rapport aux journalistes… Notre réputation en souffre, nous en sommes à être aussi crédibles qu’un vendeur de picouilles.

Et qu’en sera-t-il de la crédibilité de l’information lorsque les citations de nos experts seront reprises hors contexte? Comment réussirons-nous à faire notre travail? Et vous, est-ce que vous pourrez vraiment compter sur du contenu rigoureux et de qualité? Parce qu’il y aura de plus en plus de mélange entre la publicité et le reportage…

La qualité et la diversité de l’information dépend du travail que font les journalistes. Et si on leur demande de faire toujours plus pour le même tarif, en plus de céder leurs droits d’auteurs qui ne leur permettrait plus de toucher des redevances, et de les dénuder de la paternité et de l’intégrité de leurs oeuvres; le journalisme deviendra ainsi… de la rédaction au service des entreprises de presse qui se disent "entreprise d’activation marketing".

Et la démocratie dans tout ça? Le quatrième pouvoir? Il faudrait leur demander, à eux, dirigeants des entreprises de presse, ce qu’ils en pensent.

Direction de TC Transcontinental

Direction de Quebecor 

Pour suivre cette mobilisation des journalistes indépendants, des photographes et des illustrateurs du Québec sur Twitter, suivez le mot-clic #nesignezpas

TC Média répond

TC Média répond après quelques articles publiés vendredi dans Le Devoir et sur Storyboard concernant un contrat absurde que le conglomérat s’apprête à faire signer à tous ses pigistes (journalistes, photographes, illustrateurs).

J’ai d’ailleurs aussi écrit un billet vendredi sur le sujet et je vous suggère de le lire avant de lire la suite. 

Alors, voici quelques mentions de cette réponse…

Sur Storyboard, on a demandé à Pierre Marcoux, Vice-président senior de TC Media de répondre aux questions… et la "puck" a été envoyée à Susan Antonacci, directrice exécutive du développement des marques pour les marques aux consommateurs de TC Media. 

La raison pour laquelle TC Media en est venu à changer son contrat l’unissant à ses collaborateurs vient de la compétition féroce:

“We needed to explore how to better serve our consumers in a multi-platform environment. And it really came down to thinking, in order to remain competitive in this environment, that a new contributor agreement was necessary. So much has happened, even since 2009 when we had our last agreement. Tablets and apps didn’t exist, they weren’t commercialized in 2009. The iPad was only launched in April 2010. There’ve been so many changes in the industry and the way we provide content that it was absolutely necessary that we look at making these changes,” she said.

Le fameux multiplateforme… Effectivement, il faut être de son temps. Par contre, d’autres clauses pourraient être proposées aux collaborateurs que de leur enlever carrément la paternité et l’intégrité de leurs oeuvres! Pour reformater un texte du web au iPad, ou pour toute autre application mobile, pas besoin de détenir les droits d’auteur et demander à l’auteur de renoncer à son droit moral. Une clause demandant la réutilisation du texte sous différentes formes pourrait aussi bien faire l’affaire.

“It has changed in the sense that yes, it did belong to the writer, but so much has changed since 2009, the media landscape is so different that we have to think about that as a company, especially a publishing company, moving forward,” she said.

Une compagnie en publication… Hum, laissez-moi en douter car sur leur site internet, TC Media parle plutôt de "marques devenues de puissants véhicules publicitaires multiplateformes pour nos clients annonceurs". Alors mes chers amis, on ne veut pas vous vendre du contenu pertinent, rigoureux… juste de la pub! Et nous sommes, journalistes indépendants, les dindons de la farce, les cons dans un dîner, ceux qui remplissent les trous entre les pub.

“I think there are a number of contributors who can tell you this, and I’ve worked with many over my 30 years in this business, and that is that we highly respect the contributors that we work with. And we really appreciate what they do for us, and we want to continue working with them,” she said.

Ouais… c’est pour ça que les tarifs des journalistes indépendants n’ont pas changé mais que les tarifs publicitaires ont explosés dans les dix dernières années. Et c’est pour ça aussi que TC Media veut dénuder les journalistes indépendants de la seule chose qui leur reste… leur intégrité.

“Quite often because the brands are so different, the chances of the content being used with another brand is unlikely,” she said. When asked why, in that case, TC Media requires full copyright, Antonacci said that as the company’s brands are evolving, and exploring different initiatives, there is more of a chance that content might be shared. “But the circumstances are rare,” she said. “It’s a safety net that we’ve put in place and for us it’s important that we have it in place. But that being said, we’re very mindful of the essence of each brand as well as the value of our content, so we’re establishing the policies and strict guidelines to tightly manage the content and respect the integrity of the work.”

Donc c’est dans le contrat, mais TC Media n’utilisera pas son droit d’utiliser le même article dans plusieurs publications. Il faudrait faire confiance en une entreprise de presse, un conglomérat médiatique; miser sur leur bonne foi corporative! Mais le contrat demande tout de même la cession des droits sous toutes les plateformes actuelles et à inventer, dans toutes les langues, pour l’éternité, sur toute la planète… et c’est juste un filet de sécurité pour se protéger comme entreprise. Pendant ce temps, les journalistes indépendants perdent la paternité de leurs oeuvres et ne peuvent recevoir des redevances de Copibec pour leurs textes… juste pour une question de filet de sécurité?!?

Et le droit moral…

“With the multiplication of numerous new technologies and delivery channels, media companies need to become more agile in order to reproduce content on multi-platforms – to use part of this content, to adapt it or enhance it or change it. When I say change it, I would be showing something differently on tablet than I would be showing it in print or online.”

Comme je le disais plus haut, il y aurait d’autres façons pour les entreprises de presse de se prémunir de la possibilité de changer un texte pour les différentes plateformes, plutôt de se demander aux collaborateurs de renoncer à la paternité et l’intégrité totale de leurs textes. Mais ça serait aux avocats de changer de langage… et c’est finalement peut-être trop demandé.

“It would be very rare that we wouldn’t use them. And as an established publisher, we really, again, respect the integrity of the work. So we have no intention of distorting a freelancer’s message or not giving them credit where credit is due.”

Pourtant, renoncer au droit moral demande au collaborateur exactement le contraire… Il faudrait "tout simplement" croire en leur bonne foi? Le feriez-vous?

“Will we consider paying a higher fee again? A lot of that depends on the editor and art directors. But we feel that we’re one of the leading publishers in Canada and we do offer competitive rates and we will continue to do so.”

Des droits d’auteurs complets pour la Terre entière, à perpétuité, dans toutes les langues, ça devrait se payer plus cher! Et en plus le droit moral!?! Il est vrai que chaque collaborateur doit négocier ses tarifs, mais les tarifs à la pige au Québec n’ont pas vraiment changé dans les 20 dernières années. Le coût de la vie lui augmente… et les tarifs publicitaires aussi. Mais TC Media pourrait peut-être penser à envisager de payer un tarif plus élevé pour ses collaborateurs… mais ça dépend de chaque rédacteur en chef. Belle façon de s’en sortir sans rien promettre.

En réponse à l’article du Devoir, on a envoyé Lise Paul-Hus, vice-présidente des solutions pour les consommateurs et éditrice chez TC Media.

 « Notre industrie fait face à une transformation profonde, surtout depuis deux ans, dit Notre univers a totalement changé, il faut s’adapter au rythme des avancées technologiques. Nous avons regardé les grandes tendances des boîtes de communication, dans notre province, au Canada ou à l’échelle nord-américaine. Et pour assurer la pérennité de nos entreprises, demeurer compétitif et rester le leader de notre industrie, il fallait réagir pas tellement avec nos pigistes qu’avec leurs oeuvres. Il nous faut plus de flexibilité pour les oeuvres sur les multiples plateformes. »

Et si on demandait juste aux collaborateurs de pouvoir utiliser leurs oeuvres sur différentes plateformes, et si on leur demandait juste leur accord pour modifier leurs textes pour une autre plateforme, est-ce que ça serait si difficile? Pourquoi ne pas travailler ensemble plutôt que de vouloir demander tous les droits alors qu’ils ne s’en serviront pas? Pour eux, la perte est minime de ne pas avoir les droits complets, mais pour un travailleur autonome qui vit de sa plume, pièce par pièce, chacune d’entre elles compte beaucoup…

Et on met le blâme sur les nouvelles technologies… et sur les autres entreprises de presse qui font aussi la même chose… plutôt que d’innover, de trouver d’autres façons de faire les choses… On préfère couper l’herbe sous le pied de ce qui les fait vivre… le contenu.

Entrevue sur le Groenland à Radio-Canada

C’était en novembre. Ouin… je sais. Je suis un peu en retard. Mais je vous dirige vers une entrevue que j’ai faite avec Caroline Nepton de l’émission Boréal Hebdo sur mon reportage au Groenland.

Groenland – L’indépendance passe par la santé

Je travaille sur ce sujet de reportage depuis février 2012, depuis l’obtention de cette bourse en journalisme des IRSC.

C’est un honneur pour moi de vous partager ce reportage publié dans le Magazine Jobboom de novembre sur les professionnels de la santé au Groenland.

Ce voyage a été tellement enrichissant : pour mes yeux de voir d’aussi beaux paysages, pour mes oreilles d’entendre le chant du groenlandais et le son du vent nordique, pour mon nez pour sentir l’air pur et frais de l’Arctique, pour mes mains qui ont touché les icebergs et la toundra.

Enrichissant aussi comme journaliste de voir autre chose, une autre vision de l’Arctique.

Après plus de 9 mois de recherche, de lectures et de rencontres, après plus d’un mois sur le terrain au Nunavik et au Groenland, voici enfin le fruit de mon travail:

Groenland: L’indépendance passe par la santé

Merci au comité de sélection de la bourse en journalisme des IRSC de m’avoir permis de vivre cette aventure.

Allaiter, c’est glamour – VRAIMENT?

Je viens de voir la nouvelle campagne de publicité de la Direction de la santé publique de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal à propos de l’allaitement.

Une belle campagne de publicité, léchée, avec une belle femme, Mahée Paiement, qui allaite en talons hauts et en bustier, dans un décor digne d’Hollywood. Allaiter, c’est glamour, c’est le slogan de la campagne.

À première vue, on s’entend qu’allaiter, c’est pas particulièrement confortable dans une telle posture… Elle a plus l’air d’une mannequin voulant faire de la pub que d’une maman qui allaite son enfant… Je trouve que ça donne encore l’image que c’est facile d’allaiter, que c’est possible en tout temps, partout. Et dire que c’est glamour c’est réduire l’importance de l’allaitement à l’image… Pourtant, allaiter ce n’est pas toujours facile, ce n’est pas naturel pour toutes les femmes et tous les bébés. C’est un apprentissage pour l’un et pour l’autre…

Mais mon dégoût pour cette campagne de publicité est encore plus profond.

Je trouve cette pub RIDICULE! Plutôt que de gaspiller du temps et de l’argent les centaines de milliers de dollars dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des dû donner de l’argent pour de ressources sur le terrain de support et de conseil pour les mamans qui SOUHAITENT allaiter. Le manque de ressources est criant sur le terrain et beaucoup de mamans (dont moi) arrêtent d’allaiter à cause de ce manque de ressources. C’est inacceptable de la part du gouvernement.

** On m’a "suggéré" d’enlever toute référence à l’argent. On me dit que Mahée Paiement a fait cette campagne bénévolement.**

Avec l’argent dépensé dans cette campagne, le gouvernement aurait pu mettre en place des cliniques d’allaitement, payer des conseillères en lactation dans les CLSC… Ce n’est pas d’une image que la « cause » de l’allaitement a besoin, c’est de services pour encourager les femmes à continuer d’allaiter après le retour à la maison et bien les informer quand elles éprouvent des problèmes.

J’ai eu des problèmes d’allaitement dont j’ai parlé dans une multitude de billets sur ce blogue. Ma fille a perdu jusqu’à 18 % de poids de naissance après douze jours de vie. L’infirmière du CLSC venait à la maison pour peser le bébé aux deux jours. Quand elle voyait que ma fille perdait beaucoup de poids, elle m’a fait une menace de signaler à la DPJ parce que c’était de la maltraitance de ne pas vouloir de soins pour ma fille. Je le savais que j’avais juste besoin d’aide pour l’allaitement… mais elle disait que si je n’allais pas à Ste-Justine, elle serait obligée d’appeler à la DPJ. Et la même chose est arrivée à Ste-Justine. Ça faisait huit heures qu’on était à l’hôpital, ils avaient fait tous les tests possibles pour trouver une maladie à ma fille… Elle était rendue à 2500 grammes… Je pleurais en disant de m’aider avec l’allaitement que c’était ça le problème… Plutôt que de m’aider, le médecin m’a dit que si je ne promettais pas de revenir en clinique de jour le lendemain matin, il devrait hospitaliser ma fille et faire un signalement à la DPJ… et le lendemain matin, quand je me suis pointée à la clinique de jour, la pédiatre m’a dit que j’avais un problème d’allaitement et que si je voulais de l’aide, je devais payer 60 $ de l’heure pour une consultante en lactation. Elle ne m’a pas recommandé à la clinique d’allaitement de l‘hôpital Général Juif, elle ne m’a pas dirigée vers des ressources communautaires ou des cliniques d’allaitement. Ma marraine d’allaitement ne savait pas quoi me dire parce qu’elle ne savait pas qu’un bébé pouvait ne pas avoir de succion… Tout ce que j’aurais eu besoin, c’est de quelqu’un qui me dise de faire des exercices pour l’aider à téter… qu’en lui donnant un biberon, ça serait probablement mieux. Mais personne ne me l’a dit, même la consultante en lactation que j’ai payée 120 $ pour avoir un diagnostic. Alors vous comprendrez que quand je vois le gouvernement gaspiller de l’argent pour une campagne de publicité aussi ridicule, ça m’enrage au plus haut point.

Mon expérience conclut aussi que la réussite de l’allaitement passe par l’accès à des ressources rapidement après l’accouchement… Je suis certaine que si j’avais eu de meilleures ressources au lieu de me faire menacer de signalement à la DPJ, j’aurais réussi à allaiter plus longtemps…

Sur le site Moi aussi j’allaite, on dit « À Montréal, 4 CLSC, 1 maison de naissance et 1 centre hospitalier sont reconnus Amis des bébés »… JUSTE 4 CLSC!! Il y en a 38 à Montréal… et il y a plus de 15 hôpitaux. Mais pour être Amis des bébés, il faut faire partie des statistiques… il faut entre autres que moins de 10 % des bébés aient reçu une fois ou plus de la préparation lactée. Même des centres de néonatalogie ne sont pas Amis des bébés. Donc pour être Amis des bébés, on ne peut pas être Amis des mamans. Amis des bébés devraient être un sceau pour un établissement qui garanti de l’aide pour les mamans à donner le meilleur pour leur bébé, d’offrir des ressources gratuites pour l’allaitement, même en externe… Ça ne devrait pas être une affaire des statistiques…

Le suivi pendant la grossesse, à l’accouchement, mais aussi dans les jours qui suivent l’accouchement est crucial pour encourager l’allaitement… et c’est là que les ressources manquent. Sur le site de cette campagne de pub, on réfère aux organismes communautaires, aux cliniques d’allaitement… mais ces organismes n’arrivent pas à offrir tout le service dont les mères auraient besoin pour une seule raison : $$$$$. Mais on dépense pour une belle séance photo, une belle mannequin, un beau site web, une belle campagne… c’est ben beau, mais ça n’aide pas les femmes, ni les organismes à aider les femmes…

Les infirmières des CLSC qui visitent les mamans à domiciles devraient être formées en allaitement, devraient même être des consultantes en allaitement. Certaines le sont, mais l’évidence démontre que d’autres ne le sont pas. Plutôt que de faire cette campagne, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre à former les infirmières pour mieux donner des conseils aux nouvelles mamans, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour avoir les consultantes en lactation dans tous les hôpitaux où il y a une maternité, c’est de l’argent qu’on aurait pu mettre pour offrir des haltes-allaitement avec des consultantes en lactation dans tous les CLSC du Québec… mais le gouvernement a préféré faire une belle campagne de pub avec une belle mannequin.

Et une maman qui aura vécu un super bel allaitement sera la meilleure personne pour convaincre ses amies d’essayer… Plus on va aider les mamans qui veulent allaiter à vivre le plus bel allaitement, plus on aura d’expériences positives d’allaitement, plus d’autres femmes qui n’avaient pas pensé allaiter se tourneront vers l’allaitement… Si on veut encourager les femmes à allaiter leur bébé, il faut tout simplement leur donner les moyens de réussir.

Je croirai vraiment en la volonté du gouvernement à encourager l’allaitement le jour où on déploiera sur le terrain des ressources pour aider les mamans, pour les soutenir dans leurs choix, pour les encourager à persévérer si elles souhaitent allaiter, et ce partout au Québec, dans tous les CLSC et les hôpitaux. C’est une question de cohérence entre les bottines et les babines…

Les vestiges du colonialisme danois

Quand Hans Egede est arrivé au Groenland en 1721, il voulait évangéliser les Vikings. Mais ceux-ci avait disparu de l’île depuis déjà plusieurs siècles! Le seul peuple qui habitait le Groenland était les Inuit. Il a donc décidé de les évangéliser. Ses élèves ont appris la langue locale, traduit la Bible dans cette langue pour permettre aux Inuit de prier Dieu dans leur langue. C’est depuis ce temps que le territoire est resté entre les mains du Danemark. Les Américains ont bien essayé de mettre la main sur cette île stratégique de l’Atlantique Nord mais sans succès.

Quelques siècles plus tard, dans les années 1950, le Danemark trouvait que de donner des services à des petites communautés éloignées devenait difficile. Il a donc décidé de fermer plusieurs petits villages autour de Nuuk, la capitale. Pour "s’excuser" de devoir exproprier des familles entières d’endroits trop isolés, le gouvernement danois a fait construire des tours d’habitations à Nuuk pour loger tout ce beau monde.

À l’architecture stallinienne troublante, ces blocs d’appartements sont laids, vétustes et inadéquats. Et les gens de Nuuk en ont marre. Alors on détruit! Le bloc P est le plus gros et le premier à se faire démolir de la sorte. Pour les habitants de Nuuk, démolir le Bloc P, c’est comme jeter les mauvais souvenirs du mauvais colonialisme danois et repartir sur de meilleures bases, plus solides. C’est aussi détruire l’emblême même du colonialisme récent et les problèmes sociaux qu’il a entraîné.

Par contre, pour de nombreux Groenlandais, c’est aussi l’obligation d’aller vivre ailleurs, plus loin dans les collines de roc autour du centre-ville. C’est devoir prendre l’autobus (ou même devoir acheter une voiture) pour se déplacer. Les appartements des dix blocs adjacents au Bloc P (plus petits et allignés comme des soldats au coin des rues les plus achalandées du centre-ville) sont pourtant très convoités. Ils sont vétustes, désuets, mais certains préfèrent habiter dans ces logements plutôt que de devoir marcher une heure pour aller à l’épicerie.

Et certains disent qu’on fait juste déplacer les problèmes sociaux et la pauvreté à l’extérieur du centre-ville. Mais que ce n’est pas en démolissant des bâtiments où des gens en difficultés vivent qu’on aidera ces gens.

Les dix blocs appartements dans le centre-ville de Nuuk ont été construits dans les années 1950-1960 pour loger les habitants des villages environnants qui ont été fermés.

Le fameux Bloc P, vestige du passé danois colonialisme récent au Groenland.

Pour plusieurs, la destruction du Bloc P ne signifie pas la fin des problèmes sociaux qui s’y cachaient. Par contre, c’est une fierté des habitants de la capitale de démolir une architecture plutôt déprimante en plein centre-ville.

Débat linguistique Québec-Groenland

Alors que le PQ annonce des mesures pour resserrer la loi 101 en pleine campagne électorale, le Groenland s’interroge sur la place du groenlandais dans leur société. Et le parallèle est assez intéressant…

Le groenlandais de l’ouest ou Kalaallisut est une langue qui se rapproche de l’inuktitut, la langue parlée par les Inuit du Canada. Par contre, le groenlandais est désormais écrit avec l’alphabet romain plutôt que syllabique (symboles par syllabe). Il existe également le groenlandais de l’est, parlé par moins de 1000 personnes maintenant, mais considéré comme une langue séparée du groenlandais de l’ouest.

Depuis 2009, le groenlandais est la langue officielle de ce territoire danois qui possède toutefois un statut d’autonomie vis-à-vis du Danemark. Ainsi, les jeunes qui habitent le Groenland doivent être éduqués d’abord en groenlandais.

C’est que le gouvernement craignait la disparition du groenlandais, qui était de moins en moins parlé par les jeunes notamment puisque l’éducation postsecondaire se fait encore en danois. D’ailleurs, toute une génération, celle qui est dans la trentaine aujourd’hui, ne parle pas nécessairement groenlandais. Certains le baragouinent, d’autres ne le parlent plus du tout.

Or, plusieurs personnes, rencontrées lors de mon récent séjour, craignent que ce resserrement ait un effet encore plus dévastateur. Non seulement cette loi oblige les entreprises étrangères qui font des affaires au Groenland d’avoir tous leurs documents en groenlandais (ce qui peut être très coûteux), elle exige également que les jeunes apprennent d’abord en groenlandais. Un médecin me partageait sa méfiance de cette loi et les conséquences sur ces jeunes. Il disait que si les jeunes Groenlandais souhaitent accéder aux études postsecondaires, ils doivent parler danois ou anglais. Ne pas encourager l’apprentissage de ces langues dès le plus jeune âge, c’est fermer des portes à la jeunesse, disait-il. Certains articles de cette loi linguistique a pris racine… dans la loi 101 du Québec!

D’autres préfèreraient apprendre l’anglais comme deuxième langue plutôt que le danois. D’ailleurs, la popularité des programmes d’échanges étudiants à l’étranger est très grande au Groenland. Pour apprendre l’anglais, nombreux se rendent notamment aux États-Unis pour une période d’un an. J’ai fait ce genre d’échange étudiant à la fin de mon secondaire, et j’y ai d’ailleurs rencontré une Groenlandaise que j’ai revue la semaine dernière après 13 ans! Elle aussi mentionnait que l’anglais devenait de plus en plus important à apprendre, en plus du danois (puisque beaucoup de choses se passent en danois dans l’administration publique, même si le groenlandais est la langue officielle).

D’ailleurs, la langue courante parlée est plutôt le dan-landais. Parce que le groenlandais est bourré de mots danois. Les jeunes sont souvent bilingues avant même d’entrer à l’école parce qu’ils ont un parent Danois et l’autre Groenlandais ou encore parce qu’ils ont été à la garderie groenlandaise. C’est assez musical à entendre, car les deux langues n’ont pas du tout les mêmes tonalités!

Alors qu’en Europe, il est courant de voir des jeunes parler quatre, cinq, même six langues, au Groenland, les jeunes parlent une langue informelle formée de deux langues importantes… Pendant ce temps, au Québec, les jeunes peinent à baragouiner l’anglais après neuf ans d’enseignement.